Marinaleda

Classé dans : Carnet de Voyage | 5

Derniers jours Malagueños

Le 27 novembre, nous sommes de retour à Malaga pour notre intervention à l’Alliance Française, qui se fait le soir même. Nous simulons une conférence de presse auprès des élèves y étudiant le français, qui sont là pour nous interroger en vue de produire des mini reportages écrits, vidéos, etc. Nous passons un bon moment, suivi d’un petit concert semi-improvisé de l’artiste malagueño Carlos et de Lucas. Carlos interprète ses compositions, accompagnées des improvisations de Lucas au saxophone.

Nos derniers jours à Malaga s’écoulent paisiblement : nous organisons notre travail et passons d’agréables moments avec les personnes rencontrées sur place, nous prenons racine… Le départ est d’autant plus difficile. Nous sommes ravis de cet épisode de notre voyage et partons avec d’excellents souvenirs !

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Nous dormons le soir de notre départ dans les environs du réservoir du Conde de Guadalhorce. Le matin, nous nous baladons jusqu’au défilé de los Gaitanes, où se trouve l’impressionnant camino del rey (le chemin du roi), en cours de réfection.

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Marinaleda : un système politique à part

Nous nous rendons maintenant dans la partie ouest de l’Andalousie, en attendant notre départ pour l’Afrique. Nous avons deux concerts de prévus en fin de semaine et entre temps nous décidons de nous rendre dans un village un peu spécial, nommé Marinaleda, dont le système politique fait beaucoup parler de lui.

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En fait, cette destination était prévue de longue date dans notre périple, car le peu que nous en savions titillait fortement notre curiosité. Nous avions en effet pu lire sur la page « wikipédia » (bon, nous n’étions pas vraiment documentés non plus) présentant le village :

  • qu’il n’y a pas de police à Marinaleda
  • que la ville offre des services sociaux quasi gratuitement : toutes installations sportives gratuites (à l’exception de la piscine), des logements subventionnés par la mairie et d’un loyer de 15€ par mois, un restaurant communal subventionné par la mairie où un plat coûte 1€, etc.
  • que la mairie invite le peuple à venir s’exprimer sur les murs (et que ce dernier ne s’en privait pas) mais également qu’elle avait créé une chaîne télé et radio également destinée au peuple.
  • et bien d’autres choses encore

Lucas avait essayé de contacter par mail la mairie et la radio-télévision pour expliquer notre projet et solliciter des rencontres, mails restés sans réponse.

Le village de Marinaleda ne semble pas différent de son voisin Matarredonda (les deux villes sont littéralement accolées) quand on y passe en voiture, le long de l’A388 qui coupe le village en deux. Nous sommes un peu déconcertés car nous pensions arriver dans un lieu qui serait d’entrée différent, atypique, autre. La nuit tombant, nous nous rendons à la mairie qui nous propose de nous stationner au Pavillon sportif pour la nuit, ce que nous faisons. Les femmes présentes à la Mairie nous y accompagnent, préviennent le gardien et nous laissent nous installer. Ce qui est plutôt sympathique. Nous décidons d’aller faire un tour dans le centre-ville le lendemain, afin d’en apprendre un peu plus.

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Nous découvrons dans le village de nombreux murs tagués où dessins, slogans et autres font soit l’apologie de l’idéologie du village, soit portent des messages révolutionnaires. Ils nous semblent avoir été faits lors d’une ou plusieurs rencontres de mouvements révolutionnaires ou alternatifs, venus de plusieurs endroits du monde. Mais nous ne trouvons pas (nous n’avons pas sillonné le village, cependant) des traces d’expression spontanée des habitants.

Notre première tentative de communication se fait avec un jeune du village qui travaille au point jeunesse. A la question suivante : « en quoi Marinaleda a un système particulier ? », il nous répond en nous parlant des luttes qui ont secoué le village dans les années 80, menées par les agriculteurs souhaitant obtenir des terres. Nous cherchons à avoir des informations sur la gérance actuelle de la ville mais nous n’en obtenons pas, la langue constituant une barrière à la discussion et notre interviewé ne semblant pas trop savoir quoi nous dire.

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Notre seconde rencontre se fait au restaurant collectif du village, où, part ailleurs, la nourriture est vendu à prix défiant toute concurrence (des tapas ne coûtant rien, mais pas un « plat complet » pour 1€) ! Nous commençons à discuter avec Paco, qui parle un petit peu d’anglais (car l’accent andalou rend quasi-inutiles les notions d’espagnol de Lucas). Il va nous amener jusqu’à chez Christopher, un anglais qui vit ici depuis quelques années avec sa femme.Ce dernier nous informe largement sur le village, car il est passionné par l’histoire de Marinaleda et par le système qui y est en place.

La construction de ce Marinaleda révolutionnaire (la devise de la ville est « Marinaleda, une utopie vers la paix ») débute grâce aux revendications des agriculteurs dans les années 80. Les paysans, menés par l’actuel maire du village (et qui l’est depuis 1979) vont se battre pour obtenir l’expropriation des terres inexploitées d’un duc. A force de patience et de résistance, ils gagneront la bataille et plus de 1000 ha seront cédés à la mairie. Cette dernière crée alors une coopérative agricole où presque tous travaillent pour le même salaire. Les moyens de production appartiennent à la Mairie, qui redistribue équitablement les bénéfices entre les habitants en se munissant d’une système sociale très développé. Les services publiques sont quasiment tous gratuits, les impôts sont ici les plus bas d’Espagne et si l’on est patient, on peut s’inscrire sur liste d’attente à la Mairie pour construire sa maison collectivement, aux prix des matériaux. Le coût de la maison est avancé et on rembourse ensuite quinze euros par mois d’échéance du prêt… Mais il faut déjà vivre à Marinaleda depuis quelques années et attention, les loyers sont très chers car le logement est rare !

La ville de Marinaleda fait des économies de plusieurs millions d’euros par an par le choix de ne pas maintenir de police sur la commune.

Les citoyens sont incités à participer à la vie politique et culturelle dans le village, en prenant part aux prises de décisions importantes.

Christopher ne nous parlera que des aspects positifs de Marinaleda et lorsque nous l’interrogerons sur d’éventuels défauts dans le système, il élude la question. Paco, avec qui nous n’avions que brièvement parlé, nous avait tout de même signifié que la vie n’était pas que rose à Marinaleda. Nous n’en apprendrons pas plus et resterons plein d’interrogations car nous devons partir du village pour continuer la route.

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Notre impression sur ce village révolutionnaire est donc mitigée. Nous n’y sommes clairement pas restés suffisamment longtemps pour se faire une idée plus ou moins objective. Nous avons cependant la désagréable impression d’une vaste « façade révolutionnaire », qui n’aurait pas vraiment de rapport avec la réalité. Les habitants de cette ville ne nous ont pas semblé plus épanouis, plus impliqués ou engagés qu’ailleurs. Nous n’avons pas trouvé ce « paradis anticapitaliste » que Lucas (il me dicte ces mots) avait très naïvement imaginé trouver. Un point significatif pour nous : pas d’école de musique à Marinaleda. Autres petits détails qui nous font tiquer un peu : au restaurant communautaire, on consomme coca cola et autres produits issus d’un système que l’idéologie du village rejette. Il y a deux banques à Marinaleda et une supérette d’une enseigne de la grande distribution… Un système alternatif, qui se décrit comme une utopie, pourrait avoir la volonté de se répandre, de faire parler de lui, d’attirer et de rallier. Lucas s’attendait à une population composée de personnes d’origines diverses mais également à un certain accueil, pour deux personnes curieuses d’en savoir plus et qui auraient une volonté d’en rendre compte. Nous n’avons pas trouvé cela non plus.

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Après avoir quitté Marinaleda, nous passerons quelques jours très agréables à Grazalema, dans la sierra à proximité de Cadiz. Nous vous partageons quelques photos de ce lieu magique !

5 Responses

  1. Jocelyn

    Enfin des nouvelles ! 🙂
    Photo 25 : un slogan en français ?… bizarre bizarre…

  2. line auradon

    bonne année à tous les deux et je vous souhaite le meilleur pour ce qui reste à venir de votre voyage.
    Je vous suis dans vos aventures et regarde vos photos.
    Merci de nous faire partager votre voyage.
    Bien amicalement.
    Line

  3. Dominique Dumas

    Quel bonheur de pouvoir admirer ces paysages et presque partager vos aventures! vous avez l’air de plus en plus heureux tous les 2. J’en profite pour vous dire tous mes voeux de bonheur et de réussite de votre projet et une bonne continuation du périple. A bientôt de nouvelles news et ne culpabilisez pas, je trouve que vous écrivez et faites partager beaucoup. Vive 2015

    • assomarenostrum

      Bonjour Dominique ! Gitanjali et moi te remercions très chaleureusement pour ces mots qui nous font chaud au cœur, pour ton enthousiasme qui nous accompagne dans nos aventures ! Bonne nouvelle année à toi aussi, que nous te souhaitons belle et heureuse. Vive 2015, employons nous à construire cette année dans la paix et le partage. A bientôt

  4. roselyne pourchet

    Je ne connaissais pas Marinaleda ; très intéressant et suffisamment énigmatique pour chercher à en savoir plus.

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