Indépendance

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La question de l’indépendance Catalane

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Nous sommes le dimanche 30 novembre et je vous écris depuis le site d’El Chorro où nous nous sommes installés pour la nuit après avoir quitté, un peu nostalgiques, Malaga.

Avant de tirer une page définitive sur notre aventure catalane, nous souhaitions vous partager quelques informations et impressions sur un sujet très sensible pour toute l’Espagne : l’indépendance de la Catalogne. Donc zou, c’est parti pour un billet « documentaire » !

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Notre arrivée en Espagne remonte au dimanche 9 novembre, jour qui a été choisi par le gouvernement catalan pour organiser un référendum consultatif qui appelait les catalans de 16 ans et plus à répondre aux questions suivantes : «Voulez-vous que la Catalogne soit un État? En cas de réponse affirmative, voulez-vous que cet État soit indépendant?»

Ainsi, ce sont plus de deux millions de catalans, soit plus de 80% des votants, qui se sont déplacés dans les bureaux de vote pour manifester leur désir de voir leur communauté gagner une indépendance complète. Ils représentent un catalan sur quatre, la région étant habitée par sept millions et demi d’individus. Tout ça pour vous dire l’implication des Catalans pour l’indépendance de leur « pays »!

Le gouvernement catalan, nommé la Generalitat, avait organisé pour l’occasion et sur tout le territoire une immense campagne de communication, suivie de très près par les nombreux partisans. C’est donc une Catalogne décorée aux couleurs régionales que nous avons découverte durant notre première semaine en Espagne. Panneaux, banderoles, peintures murales et évidemment drapeaux catalans étaient présents dans chaque rue, sur les maisons, les ponts, dans les commerces et même en plein milieu de la mer !

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Notre curiosité étant piquée par tant de manifestations indépendantistes, nous nous sommes quelque peu renseignés et avons interrogé des catalans et non catalans, sur le sujet.

Résumons brièvement l’histoire du territoire. La Catalogne, au même titre que les 17 territoires qui constituent l’Espagne, porte le nom de « communauté autonome », ce statut confère théoriquement à la Catalogne le droit de se gouverner. En réalité, le pouvoir est divisé entre le gouvernement national et la Generalitat, qui négocient au fil des ans les droits et devoirs de chacun. Cet équilibre semble toutefois quelque peu menacé par tout ce remue ménage indépendantiste et en planchant un peu sur le sujet, on se rend compte que les rivalités entre le pouvoir central et la Catalogne ne datent pas d’aujourd’hui.

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Le Xème siècle marque la construction de l’identité catalane. En effet en 988, Borell II, comte de Barcelone, crée le premier comté indépendant de Catalogne décidant de tourner le dos à Hugues Capet, roi des Francs, alors en possession du territoire. Ce comté va rester complètement indépendant jusqu’au XIIème siècle, où le mariage des héritiers d’Aragon et de Catalogne intervient pour former la confédération Catalo-aragonaise. L’affaire s’avère être un succès et la région prospère jusqu’à la réunion de celle-ci au Royaume d’Espagne et à la Castille. Les années qui suivront cette union verront les catalans mis à l’écart des affaires du Royaume et privés de droits, souvent injustement. Ils furent mis à l’écart du commerce avec l’Amérique et leur langue fut interdite. De nombreuses révoltes éclateront qui auront pour conséquence de durcir encore un peu plus le traitement réservé aux catalans.

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La Catalogne regagnera finalement son indépendance après plus de mille ans, à la mort de Franco, lorsque, sous les pressions des indépendantistes catalans et basques, les régions gagneront le statut de « comunidades autonomas ».

Concernant les raisons actuelles qui poussent les catalans à réclamer leur indépendance, nous avons interrogé les personnes rencontrées durant notre voyage. Voici ce que nous avons pu retirer de leurs témoignages :

Les témoignages du côté des catalans :

Gerard est un partisan du « sì-sì » (oui à un état catalan, oui à l’indépendance de cet état). Il nous a expliqué qu’il se sentait catalan et non pas espagnol,  contre lesquels il n’éprouvait par ailleurs aucune animosité, comme il n’avait rien contre les français ou les anglais. Nous sommes à ces yeux de bons voisins, ainsi que les espagnols, avec qui les catalans n’ont pas besoin de partager les mêmes frontières. Pour lui les deux cultures n’ont rien en commun et ne devraient pas faire parti d’une même entité. Cet avis est accentué chez Gerard par le fait que la Catalogne est la communauté la plus riche d’Espagne, c’est donc celle qui reverse le plus d’argent au gouvernement en taxes et en impôts. Gerard préférerait voir cet argent redistribué dans sa région plutôt que s’envoler dans toute l’Espagne.

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C’est un avis que partage Santi, habitant de Poblenou dans le Delta de l’Ebre, qui se montre cependant plus tempéré. Santi se sent effectivement catalan, mais également espagnol et s’il a voté oui au référendum pour l’indépendance de la Catalogne, c’est qu’il trouve injuste que la Catalogne donne autant d’argent à l’Espagne et qu’elle n’en reçoive pas autant en retour. De ce que nous en comprenons, pour Santi, les raisons de son souhait d’indépendance ou plutôt de son mécontentement envers l’Espagne est économique.

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Rosa, qui est plus âgée et a vécu durant la dictature de Franco, nous avance des arguments totalement différents. Pour elle la Catalogne ne fait pas parti de l’Espagne, les mœurs et valeurs catalanes, la culture et l’histoire sont totalement différentes de celle de l’Espagne. A savoir que tout sentiments régionalistes étaient durement réprimés par le régime dictatorial et la langue formellement interdite d’usage (interdiction de parler le catalan, de l’écrire et de le publier) sous peine d’emprisonnement ou pire.

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Notre serveuse du restaurant où nous avons mangé à Girona nous expliquait quant à elle que le problème se cristallisait autour de la question de la langue et plus particulièrement de l’enseignement en Catalan, que le gouvernement central voulait contrôler. Bien que d’origine étrangère, elle le parle parfaitement et ses enfants l’apprennent à l’école, puisque c’est effectivement la langue officielle de la catalogne et son apprentissage à l’école est obligatoire.

Plus succinctement, les témoignages que nous avons récolté des espagnols non catalans, nous ont semblé aller plutôt dans le sens contraire d’une indépendance catalane. Ximo et Angel, qui vivent Nules, ainsi qu’une serveuse de la ville ne comprenaient pas vraiment cette nécessité de la Catalogne d’ériger des frontières entre eux et le reste de l’Espagne. Pour Ximo nous sommes tous des êtres vivants, habitant la terre, puis pour eux, l’Europe, l’Espagne, la Communauté de Valence, et Nules. Chaque endroit a ses spécificités mais pour lui ces particularités ne nécessitent par le morcellement  d’un pays. La serveuse du bar de Nules était, semble-t-il, du même avis, puisqu’elle a fini par nous dire, « après tout, on est tous espagnols, non ? ». Angel avait un vision un peu différente de la chose. Pour lui ces considérations n’avaient pas vraiment d’importante car les peuples, les cultures et les territoires sont en perpétuelle évolution, et les considérations d’aujourd’hui ne seront plus les mêmes demain. Je ne sais plus si c’est Angel ou Ximo, mais l’un des deux nous a aussi dit : « de toute manière, toute l’Espagne souhaite son indépendance : les basques, les andalous, les catalans… ».

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A noter que le référendum a était jugé illégal par le gouvernement espagnol et que ce dernier a décidé de poursuivre en justice Artur Mas, président du gouvernement catalan, pour la tenue de ce référendum.

Affaire à suivre…

4 Responses

  1. Rodrigue

    Muchas gracias por su articlo, viva espana!
    Pour avoir une vision de votre route, est ce que vous pourriez publier une carte de votre trajet?

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