DOQ Priorat

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Le Priorat est une région dont le territoire se trouve à une quarantaine de kilomètres de la Costa Daurada, la fin du littoral Catalan, vers les terres et partiellement incluse dans le parc naturel de la serra de Montsant. Mais le Priorat est aussi une DOQ (Denominacio d’Origen Qualificada), le plus haut niveau de qualification pour le vin en Espagne. Et oui, nous n’allions tout de même pas passer à côté de l’une des deux seules appellations d’excellence pour le vin en Espagne (l’autre région bénéficiant d’une DOQ étant la Rioja) !

Auprès avoir quitté le littoral, nous accédons à cette région par de belles routes dans des reliefs assez découpés. Nous avons remarqué qu’il suffit de s’éloigner de seulement quelques kilomètres de la côte et des grandes villes (qui vont souvent ensemble) pour trouver des territoires très fortement ruraux. Le Priorat en est un bel exemple. Ici, l’activité principale est constituée par l’agriculture, à laquelle vient s’ajouter une industrie touristique développée par la réputation de l’activité vinicole de cette région.

Nous sommes tout de même surpris de ne trouver dans un premier temps sur notre route que d’immenses champs de … noisetiers ! Enfin, en arrivant vers la petite ville de Falset, nous entrons dans un vignoble plus conséquent.

Nous restons peu dans cette ville, très charmante au demeurant. Juste le temps de nous rendre devant une magnifique cave Agricola Falset-Marçà, œuvre de l’architecte Cèsar Martinell, un disciple de Gaudi. Devant la cave : une foule de touristes espagnols qui effectuent une visite « théâtralisée » de la cave. Le guide parle fort et gesticule dans tous les sens, et tout le monde est plié en deux. Sauf nous, car nous n’arrivons pas à comprendre un traitre mot de ce moulin à parole.

Agricola Falset-Marçà
Agricola Falset-Marçà

Nous reprenons la route pour le village de Porrera, dans l’optique de visiter une cave et de rencontrer un vigneron pour parler du vin du Priorat. Une route magnifique tournicote jusqu’à un col, où nous arrêtons pour pique-niquer et admirer la vue : des monts escarpés et un joli village lové au creux de ces derniers. Et des vignes à perte de vue, en terrasse très étroites, ou sur des pentes folles.

Porrera
Porrera

Parvenus au village, nous comprenons que nous sommes arrivés en plein milieu de la pose du déjeuner (14h-17h) et que la cave que nous voulions visiter est fermée. Un peu indécis, nous errons sur la place du village lorsqu’un homme nous aborde pour nous demander si nous cherchons un endroit pour manger ou à visiter. Si nous sommes un peu suspects au début (nous a-t-il repéré comme touristes et cherche t-il à nous soutirer de l’argent ?), il s’avère en fait être un californien exilé dans ce coin de la Catalogne pour écrire sur les vins. Il faut dire que les vins du Priorat sont très populaires en Amérique, où ils sont considérés comme étant parmi les meilleurs du monde. Miquel Hudin se prête alors avec bonne grâce à l’interrogatoire que nous lui faisons subir sur le sujet du vin local.

Puis, ayant à faire, il nous introduit auprès d’un de ces vignerons catalans producteurs de ce nectar fort couru. Une aubaine, ce dernier parle merveilleusement bien anglais. J’entreprend une discussion soutenue avec lui tandis que Lucas retranscrit la conversation dans un cahier. Cette rencontre avec Gerard Batllevell Simo, propriétaire de la cave Joan Simo (du nom de son grand père) est fort agréable et très amicale. Il répond avec plaisir à toutes nos interrogations sur la fabrication du vin du Priorat mais également sur la vie en général de la région, ainsi que sur la question du référendum pour l’indépendance de la Catalogne.

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Voici, pêle-mêle, les informations que nous aurons réussi à soutirer aux deux hommes.

L’origine de la viticulture dans le Priorat remonte au XII ème siècle et est due à des moines, les Chartreux. S’ensuivent des périodes fastes et néfastes pour la culture. Pendant longtemps, on n’y produit qu’un vin de mauvaise qualité. A l’époque de son grand père l’appellation DOQ n’existait pas, les vignes étaient déjà présentes sur le territoire mais ne servait qu’à faire un vin très moyen, fortement alcoolisé et envoyé principalement en Europe à bas coût. Avec l’urbanisation et l’exode rural que toutes les régions agricoles ont connu dans ces années, le territoire est devenu petit à petit un désert d’homme. Les paysans ont abandonné la viticulture pour produire des noisettes et de l’olive. C’est seulement en l’an 2000 que la DOQ est accordée au Priorat. Gérard nous explique que certains « pionniers » avaient entamé, plusieurs années auparavant (25 ans), un vrai travail sur le vin, car ils avaient « pressenti » que les conditions particulières du territoire pourraient donner au vin un caractère exceptionnel. C’est grâce à eux que ce vin a obtenu une telle renommée et a donné à ce territoire rural une seconde vie.

Depuis 2000, un nombre très important de jeunes gens, la plupart originaire de la région, sont (re)venus s’installer dans le Priorat pour ouvrir leurs propres caves. Gerard nous propose d’aller faire un tour des viticulteurs du coin pour se rendre compte que 80% d’eux sont des jeunes comme lui, ne démarrant de rien, excepté des terres et des anciennes vignes de leurs ancêtres. Gerard a ainsi tout appris seul, construit sa cave (dans la maison de son grand-père, pas vraiment construite à cet effet) et fait son vin.

Les plus vieilles vignes du vignoble de Gerard ont entre 90 et 110 ans. Avec des terres autant à la verticale, les ceps, même après une centaine d’années, restent très fins et semblent être tout juste plantés à nos yeux.

Les spécificités du sol : c’est un sol très rocailleux, avec de gros galets et qui donne à ce vin son goût minéral. L’ardoise est également très présente.

Climat : la région est très ensoleillée et peu pluvieuse.

Les cépages : grenache et carignan principalement ; cabernet sauvignon, syrah et merlot depuis une vingtaine d’années.

Les vignes ont un petit rendement. En général, on ramasse 2.5 kg de raisin par cep, voire en dessous d’un kg pour les plus vieilles.

Il y a une quinzaine de caves à Porrera et qui ne sont que des caves de tailles familiales. La plus grosse produit environ 300 000 bouteilles par an. Gerard possède 13 ha et produit 22 000 bouteilles par an et seulement du vin rouge. D’ailleurs, 90% du vin produit à Porrera est du vin rouge.

Pour Gerard, les vendanges durent une quinzaine de jours et s’effectuent avec une équipe de dix personnes. A l’année, ils ne sont que deux à travailler à la cave. Les vendanges sont obligatoirement faites à la main. Ici, du fait du relief très accidenté, les vendanges sont très dures et très physiques. Le Priorat est un des cinq vins les plus chers à produire dans le monde. Gerard qualifie son agriculture d’ « agricultura heroica » (je crois que c’est le nom d’une association d’agriculteurs en montagne). Nous oublions de demander à Gerard le prix de ces vins mais nous savons que les prix peuvent atteindre ici des sommes élevées.

Les vins sont vieillis en fûts, entre 6 mois et un an et demi. Gerard utilise du chêne français pour ses barriques (de la forêt du Tronçais), meilleur selon lui que le chêne américain qui est moins cher.

L’ensoleillement, le peu de pluie et de rendement font des raisins très sucrés et des vins forts en alcool : le degré minimum autorisé pour un vin du Priorat est de 13,5°, la norme est plutôt entre 14,5 et 15°.

Pour l’anecdote, Gerard nous apprend que notre Gérard-national-expatrié-russe (Depardieu, pour ceux qui n’auraient pas compris)  a été pendant un moment copropriétaire de la cave Magrez à Porrera. Notre Gerard catalan l’a d’ailleurs croisé dans son village.

En guise de conclusion à notre rencontre, Gérard nous offre une bouteille d’un des quatre vins qu’il fabrique ici ! On est trop contents, mais on attend depuis que passe notre rhume pour le déguster pleinement…

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