Elbasan

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Le 08 mars 2015, nous quittions la capitale albanaise en direction de la ville d’Elbasan et parcourions les quelques 50 kilomètres qui séparent les deux villes.

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A notre arrivée, nous rencontrons Ilira, professeur de français à l’école Sule Harri avec laquelle nous allons travailler. Nous faisons connaissance avec cette femme douce et discrète, un brin mélancolique, autour d’un café, puis nous abordons quelques questions pratiques, déroulé de nos rencontres avec les deux classes partenaires et hébergement lors de notre séjour principalement. A l’instant de notre rencontre, Ilira n’a pas réussi à trouver de famille albanaise pour nous accueillir durant notre séjour à Elbasan. Peut être a t-elle eu moins de facilité qu’avait eu Vjollca pour de telles demandes, alors que le niveau de vie des familles des élèves doit être généralement moins élevé qu’à Tirana. Toujours est-il qu’Ilira a sollicité une stagiaire-professeur française en poste à Elbasan, Guillemette. Cette dernière possède un grand appartement qu’elle occupe seule et a l’habitude d’accueillir chez elle des couchsurfeurs. Elle est donc tout à fait d’accord pour nous accueillir les premiers jours, en attendant de voir si des albanais souhaiteraient nous recevoir chez eux plus tard.

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Drôle de chose que cette terrasse aux couleurs d’Israël, surtout lorsqu’on sait que la communauté juive ne dépasse à priori pas 200 personnes en Albanie.

Illira nous apprend que l’accueil de notre initiative par les parents des élèves est ici plus réservé qu’auparavant dans notre voyage. Si, dans une des deux classes, tous les parents d’élèves ont signé l’autorisation d’utilisation de l’image de leurs enfants dans le cadre de ce projet, ce n’est pas le cas pour l’autre. Une maman avocate a vraisemblablement semé la méfiance à notre endroit dans l’esprit des autres parents d’élèves, avançant que nous devions avoir dans notre projet quelques intérêts économiques, qui risquaient de se faire à leur détriment. C’est un peu dommage, mais ça ne nous empêchera pas de passer de bons moments avec cette classe.

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Le lendemain, en attendant de retrouver Ilira, nous nous promenons dans les quartiers environnant l’école. Nos pas nous emmènent dans une quartier à l’aspect un peu plus pauvre. Nous sommes un peu dépaysés et nous sentons que nous avons bel et bien quitté le centre ville de la capitale du pays. Nous flânons entre des immeubles un peu délabrés, sur une allée en terre battue, qui se termine où commence l’inclinaison d’une colline chargée d’oliviers. De-ci de-là, des petits groupes de personnes, qui nous regardent un peu comme des intrus. Nous nous approchons d’une bande d’hommes qui jouent aux dominos, puis repartons car nous semblons un peu les gêner. Plus loin, un beau vieil homme, sur son trente-et-un, nous offre son rire en guise de refus pour un portrait que nous lui demandions.

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Nous nous questionnons sur les réservoirs que l’on retrouve sur quasiment tous les immeubles et maisons d’Albanie. Ilira nous apporte la réponse : il y a en Albanie de très fréquentes coupures d’eau qui peuvent durer l’espace d’une journée.

Nous retrouvons Ilira et allons manger dans un snack où elle a l’habitude de se rendre. Nous parlons de choses et d’autres, de sa fille partie faire des études en Italie et de nos rencontres à venir avec les classes, principalement. Au bout d’un instant, il nous apparait comme évident que la musique d’ambiance a changé de registre, pour devenir francophone. Délicate attention de la part du propriétaire, qui vient discuter avec nous. Il vient de se réinstaller en Albanie après de longues années passées en Belgique. Il est vraisemblablement ravi de nous avoir rencontré et revient, au moment de nous quitter, les bras chargés de bouteilles : deux de vin albanais pour nous et une bouteille de Bordeaux pour une Illira très émue par ce geste.

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Nous rencontrons l’équipe enseignante et les deux classes que nous reverrons à plusieurs reprises. Ici, c’est tout le contraire de Tirana : des bâtiments tout neufs et des élèves très tranquilles.

Le 10 au soir, nous sommes conviés à un spectacle d’élèves ayant lieu au théâtre de la ville. Sketchs, danses en costumes traditionnels, danse moderne, le tout s’enchaîne dans une salle sans cesse en mouvement et de laquelle émane un brouhaha qui force les organisateurs à pousser le volume des musiques au maximum. Personne ne se soucie plus de l’autre et les pauvres élèves finissent leurs voix couvertes par le tintamarre environnant. Le lendemain matin, les élèves d’une des deux classes partenaires ont revêtu leurs costumes de la veille et les petites filles nous interprètent une danse traditionnelle, interprétation qui nous laisse coi d’admiration.

Les petites filles en redemandent et leur institutrice remet la musique, la classe se transformant en dancing pour écolières survoltées qui ne tardent pas à entrainer Gitanjali dans leur folle danse. Désormais, Gitanjali est des leurs et elles l’aiment : démonstration faite par un câlin collectif, raz de marée d’écolières albanaises encostumées !

Après cela, l’autre classe nous accueille en douceur. Nous amenons avec nous notre malle à objets et passons de chouettes moments à leur faire découvrir l’origine, la fonction et l’histoire de ce bric à brac méditerranéen.

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Si Ilira ne parvient pas à nous trouver une famille d’accueil, des rendez-vous s’organisent progressivement pour les jours venir, comme ce midi, où nous nous rendons pour déjeuner chez un élève de la classe de . Sa tante est professeur de français et souhaitait nous rencontrer car elle a peu l’occasion de parler avec des français. Cela tombe bien pour nous, car cette dernière enseigne au lycée artistique d’Elbasan, où l’enseignement musical est une composante majeure des cursus. Nous prenons rendez-vous pour venir visiter l’établissement le lendemain.

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Le lendemain, donc, nous nous rendons en fin de matinée au lycée artistique. Nous y sommes accueillis par l’enseignante de français et une professeur de musique qui se trouve être la maman de Xhulio, un des élèves de la classe de de l’école Sule Harri. Sur demande de leurs professeurs, trois élèves sortent pour revenir avec clarinette, guitare et accordéon, puis nous interprètent une musique populaire avec ces instruments mal accordés ensembles. En contrepartie, nous leur montrons un peu des choses que nous avons enregistrées et filmées sur la route. On est contents, on se dit, « voilà un public que ça va véritablement intéresser de découvrir de la musique d’ailleurs », lorsque nous passons la vidéo des aissaouas. Rire moqueurs, commentaires douteux, il y en a même un qui me demande si ce sont des terroristes de Daesh et, comme je ne comprends pas (leur acronyme est « Isis » en anglais), il me mime, hilare, la tueries de Charlie Hebdo. Je ravale ma colère en pensant que ce sont des ados et nous passons à autre chose. Trois élèves nous reçoivent ensuite dans une toute petite pièce pour nous interpréter un tango à deux violons et accompagnement de piano. C’est drôle, nous entendrons durant ces dix jours à Elbasan au moins à quatre reprises des gens jouer du tango, comme si c’était ici une musique particulièrement populaire. A la fin de ce petit concert privé, nous prenons le contact des deux jeunes violonistes, qui apprennent le français et aimeraient discuter avec nous. Nous les retrouverons un peu plus tard, le temps d’un café et d’une sympathique discussion.

Nous sommes conviés à manger à midi chez une autre élève de la classe de , Gentjana, qui s’est prise d’une grande affection pour Gitanjali, affection qu’elle manifeste par des câlins qui broient quasiment Gitanjali ! Cette énergique petite fille vit dans un tout petit appartement en compagnie de sa mère, son grand-père et sa grand-mère, son père étant décédé. Nous voyons bien que la famille de Gentjana vit très modestement et nous sommes d’autant plus émus par la chaleur de leur accueil, la douceur et la bienveillance qui émane de ces personnes. Ilira nous accompagne pour nous servir d’interprète. Le grand-père de Gentjana, sachant notre intérêt pour la musique, ne tarde pas à sortir son accordéon et à jouer, spécialement pour nous faire plaisir, de la musique populaire albanaise. Ce qui aura pour conséquence de donner envie à Gentjana de danser, rapidement suivie par sa grand-mère, Gitanjali et Ilira. Depuis le divan dans lequel je m’efforce de rapetisser pour ne pas me faire inviter à rejoindre les danseuses, je contemple la scène émerveillé : aurais-je jamais pu prévoir cet instant de ma vie ? Ces rencontres ? Cette partie de danse dans ce minuscule salon d’un immeuble albanais vétuste ? Ce moment sera le seul, au cours de notre voyage, où j’aurais la capacité, l’acuité suffisante pour saisir la rareté, le sublime de l’instant et de l’expérience vécue, tandis que nous serons continuellement happé dans le tourbillon quotidien du changement et de la découverte, anesthésiant quelque peu notre capacité à l’émerveillement. Parfois jusqu’à l’exténuation.

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L’heure est venue pour nous de quitter nos hôtes. Mais cette rencontre nous a beaucoup ému et nous souhaitons les revoir. Nous convenons donc de venir partager un repas dans cinq jours, soit la veille de notre départ. Cette fois-ci, ce sera nous qui amènerons de quoi nous sustenter ! Comme à chaque fois que nous sommes accueillis par albanais, nous ne repartons pas les mains vides. A Tirana, il s’agissait de souvenirs « touristiques », ici, où la vie est plus pauvre, c’est avec des aliments que nous repartons, comme cet après midi avec : une poire et un ballokume (kézako ?).

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Le lendemain matin, nous ne parvenons pas à éviter une rencontre imprévue avec la classe de Gentjana, alors que nous sommes complétement épuisés et que nous avons besoin d’un break. Nous n’arrivons plus ni à nous reposer, ni à trouver le temps d’écrire notre carnet de voyage et de répondre aux questions des classes. Je laisse lâchement tomber Gitanjali, qui se rendra seule à l’école.

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Des enfants amusés nous regardent les photographier, en ce jour de la fête de l’été

Le lendemain, le 14 mars a lieu un événement ayant une portée nationale : c’est la fête de l’été, une vieille tradition païenne dont la pratique avait été encouragée par le régime communiste. Ce jour est férié partout en Albanie mais la fête est traditionnellement fêtée à Elbasan plus que partout ailleurs. Les albanais y viennent de tout le pays pour participer à la fête. La période entourant la fête de l’été (Dita e Verës en albanais) est aussi l’occasion de se goinfrer de ballokume, des gâteaux à base de farine de maïs que l’on fabrique spécialement pour cette fête. Il ne passe pas un jour sans qu’une de nos rencontres (les élèves, leurs familles, le gardien de l’immeuble de Guillemette…) ne nous procure notre lot de ballokume quotidien. Si bien que nous amassons finalement chez Guillemette une montagne de ces gros gâteaux, que je finirai par quasiment tout manger !

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Un des innombrables marchands de rue de ballokume, la gâteau-spécialité de la fête de l’été d’Elbasan

Le matin, au début de la grande artère qui passe sous les fenêtre de l’appartement de Guillemette et qui se poursuit jusqu’après les remparts de la ville, des petits groupes d’écoliers se réunissent, tous déguisés, pour une parade carnavalesque. Nous sortons dans les rues bondées, retrouvons notre contact de l’ambassade française au café, le temps de discuter un peu et de prévoir une petite visite de l’école française de Tirana, puis continuons de flâner dans les rues de la ville. Le midi, nous retrouvons Guillemette, Julien de Tirana et une bande d’albanais de leurs amis, avec qui nous mangeons dans une petite gargote qui était un peu devenue au fil des jours notre cantine : viandes grillées (qofte), fromage de brebis rôti, salades « grecque », tarator (sorte de tzatziki). Pendant ce temps, nombre de famille albanaises vont, comme le veut la coutume, pique-niquer sur les collines environnantes ou les parcs de la ville.

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Vue sur l’artère principale d’Elbasan, depuis le balcon de notre hôte Guillemette. Se dessine au loin la foule d’albanais venus assister aux célébrations de la fête de l’été.

Un peu plus tard, nous suivons un groupe de musiciens de rue. Nous les photographions et les enregistrons et, le temps de sortir de quoi leur laisser un petit d’argent, les voilà disparus.

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Dans la soirée, nous retrouvons Guillemette et sa petite bande. Ces derniers ont envie d’aller passer la soirée en boite. Je ne suis pas très chaud pour cette idée, de même qu’un collègue albanais de Guillemette, enseignant le français à l’université de Tirana. Nous lui proposons d’aller boire une bière dans un bar pour pouvoir discuter un peu.

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Dans la foule compacte des personnes venues assister aux célébrations de la fête de l’été, un montreur d’ours et sa bête, nous surprend en train de le photographier.

Le 15 mars, nous prenons un peu de repos. Nous allons nous promener à pied, l’après-midi, sur une colline à côté de la ville. Nous oublions malheureusement de prendre notre appareil photo. Nous longeons d’abord une voie de chemin de fer que bordent des quartiers assez pauvres. Nous voyons dans certains jardins des déchets entassés dans d’innombrables sacs et des personnes en effectuant le tri. Ces dernières sont assez mates de peau et sont vraisemblablement issues d’une minorité. Plus loin, nous rencontrons une série de bâtiments industriels en ruine, témoins de l’importance de l’industrie métallurgique durant la période communiste. Nous grimpons une petite route fraichement construite, serpentant jusqu’au sommet de la colline et où nous croisons de temps en temps des voitures stationnées au milieu et de jeunes hommes qui nous regardent, l’air de se demander ce qu’on peut bien faire là. Au sommet, la route traverse une pinède, puis s’arrête brusquement. Quelques familles finissent de pique niquer. Le coin pourrait être très charmant, mais voilà : nombre de familles ont dû venir la veille pour manger ici et le lieu est jonché de détritus.

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Le 16 mars, nous reprenons nos visites dans les classes, le matin seulement. L’après midi, nous sommes attendus par la mère et le grand-père d’une élève de la classe de , pour la visite d’une vieille église orthodoxe, dont le grand-père a la charge en tant que prêtre. Sur le chemin qui nous amène jusqu’à l’église, Ilira nous explique que jusqu’à la fin de l’ère communiste, il n’y avait quasiment aucun véhicule motorisé en Albanie, à part ceux de l’armée et des officiels. Elle nous explique également que sa fille fréquente depuis quelques temps cette église, tandis qu’elle et son mari sont de tradition musulmane, mais non pratiquants. Le choix de sa fille ne lui pose aucun problème et je crois même me rappeler qu’elle l’accompagne parfois à l’église.

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L’église se trouve à côté d’une école qui accueille le jour des enfants handicapés, mentaux pour la plupart. La maman de l’élève de la classe d’Ilira y travaille et nous fait visiter les lieux. Le grand-père et prêtre nous reçoit ensuite, en compagnie de sa femme. Il nous explique un peu l’histoire de son église, qui a subi les conséquences de la répression anti-religieuse du régime d’Hoxha et qui fut en partie détériorée par les autorités. L’église abrite encore une vieille iconostase richement sculptée, mais dont les icônes ont disparu et ont été remplacées par des reproductions. Le prêtre nous explique que l’église fut sauvée in extremis par le fils du dictateur albanais, conscient de l’intérêt patrimonial du lieu, qui fut déclaré « Monument Culturel » en 1963. Il nous apprend également que son église ne dispose que de très peu de moyens, puisqu’il refuse de prêter allégeance au patriarcat orthodoxe grec, qui lui imposerait de pratiquer l’office en langue grecque.

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Nous discutons ensuite de notre présence à Elbasan. Apprenant notre mission de collecte musicale, notre hôte nous dit connaitre de beaux chants de la liturgie byzantine. Nous lui demandons donc s’il peut nous en interpréter un, ce à quoi il répond qu’il ne peut les chanter en dehors de l’office. Finalement, il y consent et nous laisse l’enregistrer, pour notre plus grande joie ! Après cet intermède musical, il nous félicite pour notre action et nous bénit. Il dit qu’il n’a que faire de ce à quoi on croit et quelles sont nos origines, il voit en nous de bonnes personnes et cela lui suffit. Il dit qu’il parlera de nous dans sa prochaine messe et effectuera une prière pour nous et nos familles. Après cela, il nous offre à chacun un petit souvenir (une boule avec de la neige-paillettes-brillantes et le drapeau albanais tenu par un aigle) et un petit bouquet de violettes qui exhalent un parfum aussi entêtant qu’exquis. Nous repartons très émus par cette rencontre.

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Le 17 mars, nous passons nos derniers instants avec les élèves de l’école Sule Harri. Certains élèves sont survoltés et il nos faut à plusieurs reprises hausser un peu le ton pour les calmer, ce qui est un peu dommage pour des au revoir. La séance reste finalement très sympathique, avec cette classe somme toute très agréable.

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Après cette matinée, nous retournons, comme prévu, rendre visite à la famille de Gentjana. Cette fois, nous n’arrivons pas les mains vides : quiche lorraine (qui avait fait un tabac dans la famille de Dardi, à Tirana) et mon saxophone, comme je l’avais promis au grand-père. A peine arrivés que de nombreux plats viennent rapidement encombrer la table à manger. Notre quiche fait piètre figure à côté du festin que nos hôtes nous offrent… Sitôt le repas terminé, le grand-père sort son accordéon et m’invite à le rejoindre.

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Des enfants en cagette, cela m’amuse et je dégaine mon appareil, ce qui n’est apparemment pas du goût de la maman qui se met à m’engueuler, fait relativement rare pendant le voyage…

Entre tango, rock vieille école et musique populaire albanaise, nous tentons de trouver un terrain de jeu, pour un résultat souvent hasardeux, mais qu’importe ! nous sommes là pour rigoler. Le grand-père m’explique qu’il jouait aussi de la batterie avant. Il me dit avoir commencé à jouer de l’accordéon dans l’armée. Je me souviens qu’il a mentionné le fait qu’il était en poste dans une ile, à une période ou pesait la menace d’une attaque soviétique. Il s’agit peut être de l’ile de Sazan, petite île très stratégiquement située et qui fut une base militaire tantôt occupée par Venise, les ottomans, l’Italie fasciste et, avec l’accord du régime communiste albanais, par les soviétiques qui partagèrent une base navale avec les forces albanaises. Ile d’où les soviétiques furent chassés lorsque les relations avec l’Albanie déclinèrent pour finalement s’interrompre. Le grand-père nous dira que ces musiques (rock, tango), qu’il aime tant à jouer aujourd’hui, étaient bien entendu interdites durant la période communiste. Plus tard, la maman de Gentjana nous dit que sa fille apprend l’arabe dans un centre de culture islamique. Quand nous lui demandons pourquoi, elle nous explique que sa fille trouvait l’écriture belle et a donc demandé à apprendre cette langue. Au delà de l’anecdote, ceci illustre le fait qu’Elbasan est historiquement une place forte de l’Islam en Albanie (Elbasan a été construite sur les ruines abandonnées d’une ville plus ancienne, par les ottomans).

Nous faisons nos adieux à nos amis et prenons congé. Nous sommes attendus à l’autre bout de la ville, par la maman-professeur de musique de Xhulio, qui doit nous faire visiter l’école de musique dont elle est la créatrice.

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Xhulio et Gitanjali, devant l’entrée de l’école de musique créée par les parents du garçon albanais.

Nous y retrouvons, outre la maman de Xhulio, son père et son professeur de violon, que l’on nous présente comme un grand artiste, de renommée nationale. Le père de Xhulio s’installe derrière un synthé et les deux musiciens entament un long morceau, d’une dizaine de minutes, longue complainte du violon, soutenue par une base harmonique modale au synthé (en mode clavecin, agrémenté de quelques effets kitsch : bruits d’oiseaux et de vent). Le morceau se termine par une très courte période beaucoup plus rythmée.

Seule la mère de Xhulio parle un peu d’Italien et nous n’arrivons pas à glaner beaucoup d’informations. Nous saurons qu’il s’agit d’un style très ancien (le violoniste parle de 500 ans), que le violoniste qualifiera « d’épique » et « d’homérique ». Lorsque nous lui demandons s’il y a de l’improvisation dans ce qu’il vient de nous faire entendre, ce dernier répond que non. Il nous dira qu’il s’agit d’une musique de tradition orale, qui s’est transmise à travers les âges, passant de musiciens en musiciens, qui en sont les seuls dépositaires de cette tradition. Pour cela, la mère de Xhulio dira que le violoniste est un musicien unique en Albanie, car riche d’une tradition qui tend à se perdre. Nous apprenons qu’il s’agit d’une musique jouée lorsque quelqu’un décède. La longue première partie est chantée par les hommes (d’où l’utilisation d’un registre plutôt bas du violon) et s’apparente à une complainte. La seconde partie, bien plus rythmée est, elle, chantée par les femmes et signifie que malgré ce décès, la vie continue. Le musicien nous dira avoir utilisé les modes ionien, dorien et mixolydien dans ce morceau. Pour le profane, ces modes sont des « gammes » de sept notes (comme les gammes que nous utilisons le plus en musique occidentale, par exemple celle de do), utilisées au Moyen-Age et à la Renaissance et ré-introduits dans la musique savante occidentale au XIXe siècle. Ils sont aussi très utilisés dans le jazz.

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Le lendemain vient le moment de notre départ d’Elbasan. Nous retrouvons Ilira pour nous dire au revoir. Nous marchons un peu avec elle dans un quartier que nous n’avions pas visité jusque là. Nous finissons notre petite promenade en arrivant devant une église orthodoxe, toute neuve et très bien entretenue. Le jeune prêtre nous propose d’entrer pour visiter et discuter, mais nous lui disons que nous n’avons malheureusement pas le temps et repartons. Nous passons à l’université dire au revoir à notre gentille hôte, Guillemette, puis embarquons dans le van, direction Tirana. Nous resterons dans la capitale quelques jours chez Francis, chargé de mission culturelle à l’ambassade, le temps d’une visite à l’école française de Tirana et, surtout, de récupérer des contacts de groupes d’iso-polyphonie, aller les enregistrer étant dorénavant notre mission prioritaire !

Quelques dernières photos de notre séjour à Elbasan :

En bonus : une petite vidéo de la classe de de l’école Sule Harri, où les élèves donnent un petit cours d’albanais pour leurs correspondants de l’école H. de Bornier de Lunel. Ou apprendre comment dire « bonjour », « merci », « poisson », « maison », « barbe à papa », « que de monde ! » en albanais !

2 Réponses

  1. Alain Carayol

    La séquence « en français on dit …., en albanais on dit : »…. » est vraiment bien. Félicitations à l’équipe de mise en scène !

  2. muenk dorothea

    falaminderit!
    les enfants : supers! quels bons profs!
    reportage émouvant et vivant!
    images enregistrements découvertes formidables!
    le meilleur pour la fin : le violoniste!
    comment s’appelle-t-il?
    bravo pour ce portrait d’albanie qui va droit au coeur!
    me pelquén shùme!

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