Retour sur : notre arrivée en Albanie

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Après avoir quitté Dubrovnik et pour rallier notre prochaine destination, l’Albanie, il nous faut traverser brièvement le Monténégro. Nous décidons d’y faire une halte d’une nuit dans la ville de Budva, que nous ne visiterons cependant pas puisque nous avons l’idée, bien meilleure, de visiter les « Bouches de Kotor ».

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Magnifique baie évoquant quelque fjord nordique, l’eau des Bouches de Kotor s’enfonce dans les terres jusqu’à la médiévale ville de Kotor, qui donne son nom à ce lieu magique. Malgré une météo peu clémente, nous gravissons la montée jusqu’à l’imposante forteresse qui domine la ville, dans les hauteurs. Le lieu, sauvage, gigantesque et formidablement conservé nous est, semble t-il, exclusivement réservé ce jour-ci. Nous nous perdons avec délectation dans ces décors chargés d’Histoire, entre montagnes à pic et bras de mer serpentant dans les terres.

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Nous arrivons en Albanie après une journée à longer les bords du magnifique et immense lac de Shkodra, côté Monténégro. Les hautes petites routes très escarpées nous donnent à voir de mirifiques paysages et nous emmènent dans des coins reculés, où nous passons de petits hameaux en petits villages. Ici, à la frontière avec l’Albanie, la communauté semble être majoritairement musulmane et nous croisons de-ci de-là de jolis minarets blancs fins et pointus, dressés fièrement vers le ciel.

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Le lac de Shkodra, que se partagent le Monténégro et l’Albanie

La société est agraire et semble pauvre. Nous croisons nombre de véhicules datant de l’ère yougoslave, de constructeurs qui n’existent plus aujourd’hui. Nous croisons même un magnifique camion de pompiers qui doit dater des années 50-60 et qui semble toujours en activité !

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Après quelques errements, nous arrivons au poste frontière par lequel nous allons entrer sur le territoire albanais. A vrai dire, nous sommes assez excités et attendions cette étape de notre voyage avec impatience, car l’Albanie nous semble être un trésor à découvrir, confidentiel, étonnant et unique car caché du reste du monde jusque dans les années 90. Notre passage devant le douanier est assez marrant : ce dernier commence à me poser maintes questions en albanais. Ne comprenant pas un traitre mot, je le lui signifie en anglais et le revoilà à me questionner dans sa langue ! Au bout de quelques minutes de ce petit jeu, de guerre lasse, le douanier nous fait signe de poursuivre notre route. Pas de tampons dans le passeport, nous espérons que cela passera aussi facilement à la sortie !

 

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Jeune vendeur de bord de route de petits lapins !

Nos premiers kilomètres dans cet intrigant pays sont pour le moins dépaysant. Pour vous dire, notre première pensée est de se dire : « tiens, nous revoilà au Maroc ». Ressemblances superficielles, bien entendu, mais qui, pour un premier aperçu sont marquantes ! Ainsi : beaucoup de gens le long des routes, dont beaucoup de vendeurs ambulants, les mêmes petits triporteurs, utilisation de bestiaux pour le transport, une conduite aussi chaotique (quoi qu’un peu plus agressive), de similaires barrages policiers sur la route, des routes en très piteux état.

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Notre première vision de la capitale albanaise de jour, au réveil, le lendemain de notre arrivée.

Nous fonçons en direction de Tirana (Tiranë en albanais), capitale de l’Albanie (Shqipëria, en albanais, ou “le pays des aigles”), où nous attend Vjollca, professeur de français à l’école Emin Duraku, notre école partenaire à Tirana. Nous arrivons à la nuit tombante dans l’agglomération de la première ville d’Albanie, qui, pour information compte environ 800 000 habitants, soit presque le tiers des habitants d’Albanie. L’arrivée de nuit est un peu difficile, les routes étant monstrueusement défoncées, la circulation assez stressante et roulant sur de longues artères plongées dans le noir et où circulent de nombreux piétons. Nous finissons par arriver dans le centre de la ville et nous réfugions derrière une magnifique mosquée ancienne, en attendant d’être rejoints par Vjollca. Cette dernière arrive en compagnie de Klauda Toto, qui va être notre première hôte albanaise. A vrai dire, Vjollca s’est démenée pour organiser parfaitement notre venue et a prévu de nous loger le temps de notre séjour à Tirana chez trois familles différentes et qui toutes ont un lien avec l’école.

 

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Chez Klauda, notre première « maison » albanaise !

Un peu déboussolés, nous faisons monter dans le van les deux femmes et Klauda nous guide jusqu’à un parking surveillé au pied de son immeuble, où le petit Toyota prendra une dizaine de jours de repos ! Klauda semble terrorisée à l’idée que nous fassions un tel voyage dans ce vieux van qui ne paie pas de mine. Nous sommes alors le jeudi 26 février. Klauda possède un grand appartement au septième étage et nous cède son lit pour ces cinq jours où nous resterons chez elle. C’est qu’en Albanie, l’hospitalité est une affaire à ne pas prendre à la légère, et nous aurons bien souvent l’occasion de le vérifier. Le lendemain, nous allons à l’école Emin Duraku pour une première rencontre avec les élèves, qui, semble t-il, ont préparé un petit quelque chose pour nous. Nous sommes reçus en grande pompe, avec bouquets de fleurs, exposés sur l’Albanie, ses sites touristiques, ses plat traditionnels, sa culture, sa capitale, ses centres commerciaux etc ! Les élèves ont même préparé des plats traditionnels pour nous faire goûter !

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Après cette petite cérémonie de bienvenue, nous allons rencontrer la classe de 6è (11 ans) qui est jumelée à une classe de 6è du collège Barjavel de Nyons. Nous sommes un peu surpris de voir une classe très chargée. Les cours finissant à 12h20, nous avons l’après-midi de libre avec Klauda. Julien, professeur stagiaire de français à Tirana, était présent lors de cette première rencontre à l’école et nous propose d’aller manger avec lui et d’autres français, que nous rejoignons à l’Alliance Française de Tirana. Nous déjeunons tous ensemble, Klauda, Julien, Guillemette (professeure stagiaire à Elbasan), Francis (chargé de mission culturelle à l’ambassade et à l’Alliance Française) et nous, dans une pizzeria. Parler avec ces trois français nous donne l’occasion de glaner quelques informations sur l’Albanie et quelques clés de compréhensions appréciables. Le choix d’une pizzeria n’est pas anodin et témoigne de l’importance des relations étroites entre l’Albanie et l’Italie. Si celles-ci sont anciennes, elles n’ont pas toujours été heureuses, l’Italie ayant à plusieurs reprises dominé le territoire albanais. L’Italie fasciste avait par exemple fait de l’Albanie un protectorat. De très nombreux albanais ont au cours de l’histoire émigré en Italie, où la situation était plus clémente. On parle même de certains villages en Italie uniquement peuplés d’albanais ou de leurs descendants et parlant toujours albanais !

 

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Klauda, au volant de son 4×4 Range Rover, a des allures de « parraine mafieuse » !

L’après midi, Klauda nous emmène faire un tour sur la côte, à Durrës (30 min de Tirana en voiture) pour prendre un café dans le bar, très design, d’une connaissance à elle, qui a vécu en Belgique pendant très longtemps. C’est une constante que lorsque l’on parle avec un albanais, ce dernier nous dise qu’il a de la famille dans un autre pays ou a vécu lui-même à l’étranger. La diaspora albanaise est très importante. Sur la route de l’aller, nous croisons pour la première fois un bus de la TCL… les Transports en Communs de Lyon ! Nous en recroiserons fréquemment par la suite.

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Alen et Kristiana, les petits-enfants de Klauda

Klauda parle très bien français et entretient des liens très étroits avec la France. Pour cause, sa mère était française. Son histoire familiale, qu’elle me racontera avec beaucoup d’émotion, est une déchirure qui témoigne de la dureté de la vie en Albanie, pendant la dictature communiste d’Enver Hoxha (prononcez « Enver Hodja »), qui dura de 1944 à 1985, mort du dictateur et se prolongera encore jusqu’au début des années 90. Si je me rappelle bien, les parents de sa mère et cette dernière avaient émigré en Albanie avant la prise de pouvoir communiste et sa mère s’était alors marié à un albanais. Il semble que les parents de sa mère aient subis la répression du régime et se soient retrouvés en prison. La mère de Klauda, lorsque cette dernière n’était qu’un bébé, a réussi à fuir l’Albanie pour retrouver la France, laissant derrière elle son mari et son enfant. Ce n’est que bien des années après que Klauda a pu revoir sa mère et rencontrer les enfants que cette dernière a eu d’un autre homme, ces demi-frères avec qui elle est profondément liée.

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Le lac de Tirana, où nous faisons quelques pas avec Klauda et Kristiana, avant de nous réfugier dans un café pour fuir une monumentale chute de grêle !

Petite parenthèse : Klauda nous dira que l’un de ses parents était de tradition musulmane et l’autre de tradition chrétienne. Julien, lui, nous dira que c’est l’exemple le plus typique en Albanie. Les albanais sont majoritairement de tradition musulmane (cinq siècles de domination ottomane ont laissé de profondes empreintes culturelles) mais sont surtout fiers de pouvoir parler de leur pays comme un des plus tolérants au monde, sans problèmes de relations interconfessionnelles. Ainsi, beaucoup de personnes que nous avons rencontré disent croire en Dieu, être d’une tradition particulière, la plupart du temps orthodoxe ou musulmane, mais ne pas pratiquer. Ou alors faire toutes les fêtes, musulmanes et catholiques. A noter que le régime d’Enver Hoxha a été particulièrement répressif à l’encontre des religions, allant même jusqu’à déclarer l’Albanie « seul pays athée au monde ». La suppression des barrières confessionnelles a ainsi créé un métissage de la population sur ce point.

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Vue de Tirana au soleil couchant, depuis le café tournant perché au sommet d’un des hauts immeubles de la capitale

Klauda vit seule dans un grand appartement situé juste en face de l’Assemblée de la République d’Albanie, dans le quartier dit « Blloku » (« le Bloc »), maintenant quartier ultra-huppé de la capitale albanaise mais autrefois quartier entièrement hermétique et cerné de bunkers, où vivaient les hauts-dignitaires du régime.  Dans l’appartement voisin vivent son fils Ledio, sa femme Anjeza et leurs deux enfants Kristiana et Alen. Ledio parle un français hésitant et Kristiana l’apprend à l’école avec laquelle nous travaillons. Lors de notre premier repas partagé avec eux, nous avons beaucoup de questions à leur poser. Un éclaircissement sur un « phénomène » albanais  contre lequel une croate rencontrée à Split nous avait mise en garde – et que nous avions pensé largement exagéré de sa part -, les vendettas, ou « gjakmarrje » (littéralement « la reprise du sang »). Alors que nous n’imaginions que cela n’était qu’un cliché, nous découvrons que ce phénomène est une triste et incroyable réalité, présente dans le nord du pays notamment. Des familles semblent ainsi se livrer une guerre depuis plusieurs siècles, régie par un code d’honneur qui dit que chaque mort en appelle un autre dans la famille adverse. Le phénomène avait, semble t-il, disparu sous le régime communiste. Ledio nous parle alors de familles dont les hommes restent véritablement cloîtrés à leur domicile, lieu où un acte de revanche est interdit.

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Nous faisons nos premiers pas dans la capitale, en compagnie de Klaude, nous faufilant entre les immeubles et les austères et pompeux bâtiments de l’époque communiste

Outre une vérité sordide mais en réalité anecdotique, ce phénomène illustre deux choses : la réelle difficulté dans laquelle l’Albanie se trouve aujourd’hui et une certaine fracture entre le nord du pays, où cette tradition de la vengeance par le sang vit encore, et le reste du pays. Nous ne pouvons mesurer cette seconde information que par ce que nous ont dit les habitants de l’Albanie, mais nous avons souvent entendu parler de ces personnes descendant du nord vers le sud de l’Albanie pour chercher un emploi et qui sont “peu recommandables” ou apportent du “désordre”.

En parlant des situations actuelles et passées de l’Albanie, nous évoquons avec Ledio le chute du régime et l’ouverture du pays, qui a donné lieu a un exode sans précédent des albanais. Devant notre étonnement quant aux chiffres que Ledio nous donne, ce dernier nous dit ces quelques mots : “vous êtes enfermés dans une prison depuis des dizaines d’années et puis un beau jour, on ouvre les portes : que faites-vous ? Vous restez ?”.

Nous passons ainsi cinq premiers jours forts agréables dans la capitale albanaise, chaperonnés par une Klauda aux petits soins pour nous !

3 Réponses

  1. école de Saint-Sériès classe de Valérie

    Coucou, ça va ? Nous on va super bien.
    vendredi c’est la fête des écoles !

  2. Philippe Ducros

    Bonjour à vous
    Nous habitons Vinsobres et nous sommes déjà allés 2 fois en Albanie en moto
    Si vous le voulez bien nous pourrions faire un échange d’impressions

    • assomarenostrum

      Bonjour, c’est avec un honteux retard que je vous réponds ! Nous ne sommes, pour le moment, pas souvent présents sur Vinsobres, mais cela serait avec grand plaisir. Si vous voulez un peu plus d’informations concernant notre asso, je vous invite à venir nous rencontrer lors de l’assemblée générale de l’association, qui aura lieu le 20 février à la salle du conseil de Vinsobres.
      Bien cordialement,
      Lucas

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