Zagreb

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Nous prenons un dernier repas avec la famille de Mirjana, puis empruntons la route qui nous mènera deux heures plus tard à la frontière croate. Là bas, nous présentons nos papiers car, bien que la Croatie ait intégré l’Union Européenne depuis juin 2013, elle ne fait pas partie de l’Espace Schengen. Nous roulons ensuite une petite demi-heure et arrivons dans la capitale croate, Zagreb. A noter que c’est la première capitale dans laquelle nous nous rendons depuis le début de ce voyage !

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Sur la photo vous pouvez voir écrit sur la panneau d’entrée en Croatie « Republika Hrvatska ». Les croates appellent leur pays Hrvastka et non Croatie !

A notre arrivée à Zagreb, nous sommes accueillis par Magali Ruet, qui vit depuis trois ans en Croatie et y travaille comme lectrice de français. Elle donne notamment des cours à l’école Otok, école avec laquelle les CM1-CM2 de l’école primaire de Vinsobres sont jumelés. Magali a suivi nos aventures avec les élèves du cours de français depuis notre départ. Nos premiers jours en Croatie sont donc partagés avec Magali et son compagnon, Eric, deux français expatriés qui nous guideront dans nos premiers pas croates. Nous écoutons volontiers leurs récits de trois années de vie dans ce pays. Ils nous donneront ainsi un premier aperçu d’un pays qui se révélera être très complexe à appréhender et plusieurs clefs de compréhension fort appréciables. Nous survolons ainsi avec eux l’histoire croate : la seconde guerre mondiale et le gouvernement fasciste croate, la résistance, la création de la Yougoslavie titiste, l’indépendance croate, la guerre qui s’en suit de 1990 à 1995 et les conséquences de ces décennies de crises sur la Croatie actuelle. Ce panorama historique et social nous permettra de mieux saisir et pénétrer la Croatie et ses habitants. Un premier regard et des idées qui seront confirmées ou infirmées le long de notre immersion croate.

Le vendredi, lendemain de notre arrivée, nous nous promenons pour la première fois dans un Zagreb froid et humide. Nous découvrons, dans le quartier autour de la place Bana Jelacica, les majestueux bâtiments de style austro-hongrois hérités de l’Empire du même nom. C’est aussi l’occasion de voir un petit marché zagrebois où nous commençons à étudier ce qui compose la gastronomie croate. Un peu plus tard, nous en profitons pour goûter une des spécialités de la ville, l’ « escalope zagreboise ». Du veau, du jambon et du fromage, le tout pané, c’est le cordon bleu local, miam !

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La place Ban-Jelačić et sa célèbre statue du … Ban (sorte de vice-roi) Josip Jelačić. Cette statue est une étonnante girouette de l’histoire : elle fut érigée en présentant ce personnage historique l’épée levée en direction de la Hongrie, considérée alors comme l’ennemi mettant à mal l’unité de l’empire Autrichien. Personnage apprécié des communistes, le Ban disparaît tout simplement de la place à partir de 1945. La statue du Ban, fort symbole nationaliste, a ensuite retrouvé sa place en plein début de la guerre croato-serbe pour l’indépendance de la Croatie. Cette fois, la statue a été orientée sabre pointant vers le sud. Pas vers la Serbie, mais bon, c’est un signe quand même fort !

La journée est chargée et nous voyons ensuite Alexis Messmer, notre correspondant à l’ambassade de France, qui nous est d’une précieuse aide depuis le début de ce projet. Le soir, nous assistons à un cours de l’alliance française, habituellement orienté sur l’opéra français mais que le professeur et les élèves, très spécialistes en la matière pour certains, ont très gentiment transformé en introduction à la musique traditionnelle croate pour nous. Vraiment très intéressant et parfois surprenant. C’est également une bonne occasion de comprendre un peu mieux la géographie croate et les influences culturelles que cette zone a subi au cours de l’histoire. Et de plonger dans ses racines les plus profondes et ainsi entendre des sonorités pour le moins particulières, telle que cette étonnante échelle istrienne. Ou encore découvrir l’écriture glagolitique, premier alphabet slave et qui a pu être utilisé très tardivement dans la liturgie croate.

Nous découvrons une tradition musicale riche et très diversifiée, malgré le fait que le pays soit onze fois plus petit que la France et ne compte qu’à peu près quatre millions d’habitants. Un constat que nous pourrons affirmer par la suite lors de nos déplacements en Croatie et ne s’appliquant pas qu’aux musiques mais également aux langues, aux traditions et à de nombreux autres éléments culturels. Le territoire croate a connu de nombreux occupants et a un relief et un climat assez diversifiés, ce qui a donné lieu à de grandes diversités sur son territoire. Nous aurons l’occasion d’en reparler concernant notre départ de la région de Zagreb pour la côte sud croate, la Dalmatie. Mais, pour faire court, la Croatie s’est trouvée tout du long de l’Histoire à la confluence de diverses cultures : austro-hongroise, latine, slave, ottomane… La zone de l’ancienne Yougoslavie et des Balkans en général, constitue ainsi une sorte de zone-tampon (pardonnez moi l’expression).

Nous passons le samedi suivant chez Jasna Persun, la professeur de français en charge du projet à l’école Otok, qui nous a invité à déjeuner. C’est l’occasion d’organiser avec elle le programme des activités avec les scolaires pour toute la semaine.

Le lendemain, elle nous conduit chez nos premiers hôtes croates, la famille Kos, chez qui nous passons cinq jours.

Chez les Kos il y a Snjezana, la mère, Nino, le père, Paula, leur fille, Ivan, le grand-père ainsi qu’un chien, un chat et deux poules de compagnie. Paula fait partie de l’échange avec la classe de Vinsobres et nous exhibera fièrement la lettre qu’elle a reçu de sa correspondante française, Lucie. Comme dans presque toutes les familles que nous allons rencontrer, à l’exception d’une, plusieurs générations vivent sous le même toit et s’entraident. Les parents sont les bienvenus chez leurs enfants et leur apportent une aide précieuse pour les tâches quotidiennes, pour garder les enfants ou même pour travailler ensemble, comme le fond Nino et Ivan. Les maisons sont vivantes et la cohabitation des générations nous permet d’appréhender l’histoire du pays sur une durée assez large.

Nous allons découvrir chez les croates le même accueil chaleureux et total que celui vécu au Maroc. Nous sommes invités et nous n’avons pas le droit de lever le petit doigt pour aider dans la maison. Nous prenons quelques kilos chez les Kos et cette tendance va se poursuivre : c’est le début de la fin pour nous ! Nous avons le droit à des petits déjeuners hyper copieux à sept heures du matin, fromage, charcuterie, saucisses, piments au vinaigre. Puis nous mangeons vers 11h une grosse collation, à 15h le déjeuner puis le diner, avec toujours autant de mets sur la table. D’une manière plus globale, nous n’avons jamais vraiment compris quels étaient les repas pris par les croates au cours de la journée car, d’une famille à l’autre, les habitudes pouvaient différer assez profondément. La collation de 11h nous a tout de même semblé être une constante, autant qu’un copieux déjeuner tardif.

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De gauche à droite : Paula, Snjezana sa maman, Ivan et Lucas. Voilà un petit déjeuner bien copieux à sept heures du matin !

Les Kos habitent dans une grande maison, plutôt richement meublée. Nino tient un garage au rez-de-chaussée de la maison et Snjezana est dentiste. Ils ont donc tous les deux une bonne situation, dans une société où le contexte économique, social et politique est difficile. Cependant, pour garantir cela, ces deux là travaillent d’arrache pied jusque parfois très tard le soir. Snjezana rentrant par exemple deux fois par semaine entre 22h et 23h. Tous les deux arrivent à s’offrir le dimanche de congé, ce qui est loin d’être le cas de tous les croates. D’ailleurs, le dimanche n’est pas chômé.

Grâce à leurs efforts, les Kos partent en vacances à l’étranger tous les étés. Ils ont donc été en France, en Espagne, en Italie et dans d’autres pays européens. Curieux de savoir ce qu’ils ont pensé de la France de par leurs voyages, nous les interrogeons sur leurs séjours là-bas. A une question que nous lui posions, Nino nous donne une réponse qui nous surprend un peu. Il nous dit en rigolant qu’à Paris, avant 11h du matin, ils n’ont croisé que des étrangers dans les rues.

Une réponse à prendre avec des pincettes pour ne pas se faire d’idées hâtives et erronées. Durant ce voyage, nous allons voir que cette réaction est bien souvent partagée par de nombreux étrangers qui viennent visiter la France. L’image véhiculée de (par ?) la France n’est pas l’image d’une France métissée. S’ajoute en Croatie un problème identitaire très fort et il faut avoir appréhendé cette question pour comprendre les paroles de Nino.

Nino ne fait pas la différence entre les personnes d’origines étrangères, de nationalité françaises et les étrangers.

En effet, il faut distinguer les notions de nationalité et de citoyenneté, dans cette zone de l’ancienne-Yougoslavie. Le sujet est d’une complexité folle et les explications et considérations ont pu changer selon qui était notre interlocuteur.

En France, par exemple, on ne dissocie pas ces deux concepts de citoyenneté et nationalité. En Croatie oui, même s’il nous semble qu’aujourd’hui (mais nous n’en sommes pas sûrs) la distinction n’a plus de valeur juridique. Beaucoup de gens s’identifient donc en fonction de leur citoyenneté, c’est-à-dire être citoyen, acteur d’un pays mais aussi de leur nationalité, qui est leur appartenance ethnique acquise de naissance par l’origine de leurs parents et ancêtres. Cette différentiation est un héritage du mélange ethnique historique des populations de cette zone géographique et de la reconnaissance officielle de ces différents groupes ethniques durant la période communiste (1945-1992) : croates, serbes et, plus tardivement Musulmans (à cela se rajoutent d’autres minorités tels que les roms, bien moins reconnues). Musulman ne désigne pas ici l’appartenance à la confession mais le groupe des slaves islamisés du sud. En fait, ces trois groupes, de langues slaves assez similaires, peuvent être définis par la question de la tradition religieuse : catholique pour les croates, orthodoxe pour les serbes et musulmane pour les Musulmans. A la sortie des guerres qui ont secoué l’ancienne-Yougoslavie durant la décennie 90, les musulmans de Bosnie-Herzégovine ont adopté le terme de « bosniaques » pour se désigner. A ne pas confondre avec les « bosniens » qui sont, eux, les citoyens de la Bosnie-Herzégovine. Vous suivez ?

Quatre-vingts dix pour-cents des citoyens croates sont de nationalités croates, d’ancêtres croates, c’est-à-dire qu’il y a très peu de citoyens croates issus d’autres ethnies ou de l’immigration. Si la Croatie a pu être à un moment de son histoire un territoire où il existait une vrai mixité de population, ce n’est plus le cas. Le 20ème siècle, avec la chute de l’empire ottoman, le régime des Oustachis ou « l’Etat indépendant croate », gouvernement fasciste durant la seconde guerre mondiale, puis la chute de la Yougoslavie qui peut résulter de la monté du nationalisme et qui est suivie d’une guerre croato-serbe, met un terme à une Croatie plurielle.

De part leur histoire, les croates sont très peu habitués à voir des citoyens croates d’autres types physiques.

Si chez les Kos et chez la majorité des croates que nous avons rencontré, cette question d’identité n’est en aucun cas synonyme de racisme, nous notons toutefois certains signes inquiétants, témoins d’un nationalisme très puissant flirtant avec l’extrémisme de droite et ses dérives. Nous avons beaucoup croisé à Zagreb de jeunes gens portant blousons noirs, treillis militaires, rangers et crâne rasé. Effet de mode ou témoins de l’existence d’une ultra-droite ? L’abondance de croix celtiques, croix gammées et autres signes néo-fascistes tagués sur les murs de la capitale, ainsi que quelques anecdotes peu sympathiques entendues par-ci par-là nous ferait pencher pour la seconde hypothèse, bien que nous ne puissions témoigner de son importance dans la société croate.

Nous ne parlerons que peu de l’histoire de la Croatie et de la situation actuelle du pays avec les Kos. Nous apprendrons de la vie de la famille durant la période communiste que les Kos se rendaient en Italie pour aller faire des razzias dans les supermarchés car il manquait certains produits en ex-Yougoslavie. Notamment les produits qui ne répondent pas aux besoins premiers, comme un tourne-disque par exemple. Nos échanges linguistiques étant assez limités par la barrière de la langue (la langue croate est d’origine slave et donc peu de chance pour nous d’en saisir quelques mots intuitivement). En effet, Nino est le seul à avoir des bases en anglais.

 

Nous nous lions cependant avec cette famille qui nous accueille chez eux comme un des leurs. Étonnamment, c’est avec Ivan, avec qui nous ne partageons aucune langue, que nous nous lions le plus. Nous communiquerons autrement, par des mimiques, en montrant ou en dessinant. C’est lui qui nous apprendra tout ce que l’on sait de langue croate. Ils nous promènera dans le quartier à la découverte des églises des alentours, seules architectures étonnantes dans les quartiers de la nouvelle ville de Zagreb. Un gros ours à la mine renfrognée mais au grand cœur !

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Il m’apprendra également à cuisiner avec lui des « Kifla », sorte de croissants briochés croates, dont je vous livre la recette. Prenez patience ou divisez les quantités par deux, car nous avons mis environ quatre heures à écouler la pâte !

 Pour préparer des Kifla, il faut :

  • 1 Kg de farine type 400-550
  • 7 cuillères à soupe de sucre
  • 1 cuillière à soupe de sel
  • 1 petit verre d’huile de tournesol
  • 6 dl de lait
  • Des graines (tournesol, sésame… au choix !)

 

Faites chauffer dans une petite casserole 2 dl de lait, 2 cuillères à soupe de farine et 2 cuillères à soupe de sucre pendant 10 minutes.

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Dans un grand récipient mettre tous les ingrédients ainsi que le contenu de la casserole et battre avec une monteuse en neige durant 10 minutes pour faire gonfler la pâte.

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Couvrez et laissez reposer 15 minutes, si possible sur un radiateur.

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Roulez la pâte obtenue dans la farine et coupez la en 8 morceaux.

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Laissez de nouveau reposer quelques minutes.

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Prenez une boule de pâte, étalez la et couper la en 4 ou en 8 comme sur la photo.

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Roulez les morceaux afin d’obtenir des petits croissants et disposez les sur une plaque.

Enfournez 10 minutes à 50°C pour bien faire gonfler la pâte puis mettez le four à 200°C pour 15 à 20 minutes supplémentaires.

Sortez, laissez refroidir et dégustez !

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