Taroudant, chap II (a.k.a « La tannerie »)

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L’artisanat représente une part importante de la culture marocaine. Renommé dans le monde entier, riche par sa diversité et par un savoir-faire qui fait parfois penser à une démonstration de virtuosité et de dextérité, l’artisanat a su garder une place primordiale dans l’économie et la société marocaine. La production industrialisée de masse et la grande distribution ne sont pas encore parvenues à réduire ces métiers comme c’est le cas en France, par exemple. Les objets manufacturés issus de l’artisanat marocain font certes le bonheur des touristes (c’est beau, bien fait, unique et se le procurer confère à l’objet une histoire : comment résister ?) mais ils font aussi partie intégrante de la vie des marocains.

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Le lendemain de notre arrivée à Taroudant, Younes nous emmène à la tannerie de Taroudant. Cette dernière est située à l’extérieur de la ville ceinte.

En général, chaque grande ville a sa spécialité. Par exemple : Tiznit est l’endroit où l’on peut se procurer des bijoux en argent, le travail du bois est plutôt l’apanage de la ville d’Essaouira et l’on ira se procurer un tajine dans la cité de la poterie, à Safi (ou Fès).

Taroudant a aussi sa spécialité : le travail du cuir et plus particulièrement la cordonnerie. Les sandales roudanaises sont parmi les plus célèbres au Maroc.

Lorsque Younes nous informe de la présence d’une tannerie à Taroudant, nous lui faisons part de notre envie d’aller y jeter un coup d’œil et notre ami nous emmène quasi subito nous y promener.  Nous sommes accueillis très chaleureusement (ceci est un pléonasme, car l’accueil est par définition chaleureux au Maroc) par le responsable des lieux. Malheureusement, nous arrivons un peu tard et le travail a cessé. Notre interlocuteur nous explique tout de même les différentes étapes du processus de traitement des peaux et des fourrures.

Ici, tout est fait à la main (ou aux pieds d’ailleurs). La tannerie est organisée autour de grandes cuves où passent les peaux pour leurs différents traitements : lavage, élimination de la chaire ou de la laine, teinte ect…  La tannerie de Taroudant a été rénovée il y a quelques années et les cuves en ciment ont été financées par la ville de Romans-sur-Isère (Drôme), ville jumelée à Taroudant et qui est aussi historiquement spécialisée dans la confection de chaussures.

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Comme nous arrivons assez tard, la tannerie n’est plus en activité et nous sommes invités à revenir dans les jours suivants pour la voir fonctionner !

Autour des cuves se trouvent les magasins, où travaillent les cordonniers et où vivent également une partie des employés de la tannerie, qui sont souvent des personnes employées temporairement.

N’importe qui peut amener ses peaux, les particuliers comme les cordonniers et toutes les peaux sont marquées pour bien s’y retrouver lorsqu’elles seront prêtes à quitter la tannerie. Après la fête de l’Aïd-el-kebir (« la grande fête », la plus importante célébration dans la religion musulmane et qui a lieu le dernier du mois du calendrier musulman – qui est un calendrier lunaire – et durant laquelle on sacrifie un mouton), de nombreuses personnes amènent des peaux de moutons pour qu’elles soient traitées à la tannerie, pour en faire des tapis de prière ou des décorations.

 

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de jour, cette fois !

On y traite toutes sortes de peaux : mouton, vache, chèvre, dromadaire ou encore genette ou renard.
Dans les cuves, les peaux trempent durant différents laps de temps et dans différentes matières : eau, chaux, fientes de pigeon, écorce de chêne liège, son de blé.

Le métier de tanneur ou cordonnier est en général une tradition familiale et le savoir faire se transmet de génération en génération. L’apprentissage se fait donc auprès d’un mâalem, un maitre, pour lequel on travaille en général gratuitement en échange de l’apprentissage de sa science.

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Gitanjali s’essaie au concassage de pierre d’alun, dans un gros mortier. Une fois réduite en poudra, la pierre d’alun est étendue sur les peaux qui sèchent au soleil.

Le métier d’artisan est dur, ces derniers travaillant un très grand nombre d’heures et ces métiers étant très physiques. En général, les artisans sont assez pauvres car ne récoltant qu’un maigre fruit de leur labeur. Ce ne sont en effet pas eux, la plus part du temps, qui vendent leurs produits aux consommateurs, mais des marchands qui prennent une large commission. Younes nous dira déplorer le fait qu’au Maroc, il n’y a pas une grande reconnaissance et grande valorisation du travail des artisans.

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Pour finir, un mot sur l’importance culturelle et sociale des artisans Maroc. Les corporations d’artisans sont souvent à l’origine de formes artistiques telles que des courants musicaux ou poétiques. On peut ainsi citer le Dakka roudania, qui est une musique dont l’origine se trouve dans le chant des tanneurs roudanais.

Quelques vues animées de la tannerie :

Petite remarque : sur la vidéo, on voit brièvement deux hommes se tenant par la main. Il ne s’agit pas d’un couple homosexuel, mais de deux amis qui se tiennent par la main, une chose assez courante au Maroc. A noter que l’homosexualité est interdite par la loi marocaine…

2 Responses

  1. Dominique Dumas

    Bonjour les voyageurs
    ça fait très plaisir que vous fassiez l’éloge de l’hospitalité des marocains, et c’est vrai que c’est peu de le dire. A quand des voyages scolaires au Maroc,je suis sure que ce serait bon pour le rapprochement des peuples et des cultures et que ça sèmerait de bonnes graines pour le futur.
    Je sais que vous êtes loin de ces contrées maintenant, alors bonne continuation pour vous bien sûr et pour nous à travers vos récits éducatifs et instructifs.
    Grosses bises
    Dominique

    • assomarenostrum

      Bonjour Dominique !

      Comment ne pas faire l’éloge de quelque chose d’aussi agréable et que nous avons malheureusement un peu oublié en France (mais qui reste aussi très vivant dans les Balkans) ? La curiosité, la bienveillance et la tolérance que les marocains éprouvent pour ceux qui viennent d’ailleurs est tellement sincère, mais elle tranche parfois malheureusement avec les codes d’une société rigide et traditionnelle très liberticides pour eux-même (la condition féminine au Maroc, par exemple). Pour ce qui est des voyages scolaires, ça sera dans les actions futures de l’association Mare Nostrum de mettre en place ce genre d’échanges. Nos écoles partenaires à Agadir (Maroc) et Zagreb (Croatie) nous ont d’ores et déjà signifié leur désir de voir les échanges perdurer et se développer et nous espérons vraiment mettre en place des actions dans ce sens (avec des projets artistiques) ! Pour cela, nous cherchons des bénévoles pour nous appuyer, notamment des personnes qui voudraient entrer au bureau de l’association (présidence, secrétariat et trésorerie). Donc avis aux intéressés !
      Merci encore pour tes encouragements !
      Nous t’embrassons,
      Lucas et Gitanjali

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