Agadir en musique !

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Nous étions entrés en contact avec le chargé de coopération culturelle de l’Institut Français d’Agadir, avant notre départ. En arrivant, nous le recontactons pour le rencontrer, afin qu’il nous oriente vers des artistes locaux. Nous sommes étonnés de voir arriver un homme aussi jeune qu’il semble dynamique ! François Tiger nous donne le contact d’un musicien et président d’une association culturelle de Taroudant, Younes Lachgar, avec qui l’IFA travaille. Puis il propose de nous emmener dans un endroit où vit la musique populaire à Agadir :  « Jazzawiya ».

La « zawiya » est le lieu où se réunissent les membres des confréries mystiques (les soufis) de la religion musulmane. Située dans un quartier très populaire d’Agadir, le quartier de l’Abattoir (ou Battoir), cette (fausse) zawiya est en fait la maison d’un musicien gnaoua (on y revient plus bas), Raaouf, qui a décidé de l’ouvrir aux musiciens locaux ou autres, comme lieu de rencontre, de concerts (scènes ouvertes, bœufs improvisés ou accueil d’artistes divers), de répétitions.

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Nous arrivons donc de nuit, avec notre guide et sa voiture floquée aux couleurs de l’Institut Français d’Agadir. La Jazzawiya se trouve à côté de cette immense place, point de rassemblement des taxis à Agadir : les « grands taxis », vieilles Mercedes qui effectuent, remplies à ras bord, les distances entre les villes ; et les « petits taxis », de type Fiat Uno et qui effectuent les courses intra-Agadir. Lorsque nous descendons de voiture, ma première pensée est que le quartier fait un peu mal famé et que je n’aimerai pas me promener seul de nuit ici… Mon regard d’occidental ne s’est peut être pas, à ce moment là, encore tout à fait accoutumé à la vie marocaine, mais je ne suis pas non plus complètement dans le faux, car le quartier est touché par des problèmes de consommation de drogues. Mais là encore, pour y avoir été plusieurs fois, je n’ai jamais vu quoi que ce soit de dangereux ou violent, juste quelques types un peu ou beaucoup éméchés.

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Rien n’annonce le lieu : c’est un endroit où ne rentrent que les initiés ou les personnes invitées. François Tiger nous explique avant de nous y rendre : « nous y allons pour que je vous présente au propriétaire et pour lui expliquer qui vous êtes et ce que vous faites. Comme ça vous pourrez revenir ». On nous explique aussi le protocole : bien prendre le temps de dire chaleureusement bonjour à tout le monde là bas.

Nous entrons donc dans le fameux lieu, situé derrière une grande porte métallique coulissante et entamons les salamalecs avec les nombreux hommes présents. Nos sommes un peu impressionnés et perdus ! L’entrée est assez petite et bondée d’hommes plus ou moins âgés. Le propriétaire nous emmène au sous-sol, là où se passent véritablement les choses ! Richement décoré, cet espace un peu exigu est chaleureux et intimiste. Il est également tout à fait bien équipé pour la musique live.

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Après une présentation rapide, Raaouf nous annonce que nous y sommes les bienvenus quand nous le souhaitons et nous promettons de repasser très bientôt.

En fin de semaine, nous rencontrons ce fameux Younes, dont le contact nous a été donné par M. Tiger. Habitant Taroudannt, une ville plus à l’Est, il se rend à Agadir une fois par semaine pour y prendre des cours d’anglais. La rencontre est … formidable ! Nous accrochons tout de suite avec ce jeune homme, prothésiste dentaire, musicien et président fondateur de l’association Soprano, qui œuvre pour aider les jeunes artistes de Taroudant. Nous nous promettons de nous voir bientôt sur Taroudant, où Younes nous accueillera chez lui.

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Younes nous présente également à Sara, qui est percussionniste et à son mari, Hicham, lui aussi prothésiste-musicien !  Le couple vit à Agadir. Nous ne tardons pas à les quitter, la soirée s’avançant grandement, mais nous donnons rendez vous à Sara et Hicham le lendemain.

Le temps passé avec Sara et Hicham nous donne l’occasion de nous confronter avec certaines questions comme la place de la femme, de l’artiste et de l’art et la culture en général dans la société marocaine. Nous nous rendrons compte que la Jazzawiya est un des seuls lieux sur Agadir où la musique populaire, la musique « illégitime », « non académique », « underground » peut vivre publiquement, de manière professionnelle autant qu’amateur. De fait, nous verrons par la suite que la culture peine à vivre au Maroc, pour plusieurs raisons mais dont le manque de moyens et d’infrastructures ne sont pas des moindres.

Nous recueillons la parole de Sara, sur sa place de femme pratiquant la musique, au sein de la société marocaine.

Hicham nous rejoint « à l’improviste » dans cette petite interview et nous parle de la musique qu’il pratique et que nous pourrions appeler « fusion gnawa ».

Hicham joue donc du guembri, instrument de la famille des ouds à manche longs et qui est, avec la percussion appelée « karkabat » (plusieurs orthographes sont possibles) ou crotales, l’instrument traditionnel des gnawas. Nous reviendrons plus tard plus en détail sur cette musique très intéressante, sur sa pratique, ses instruments et son histoire, mais nous rappelons, comme le dit Hicham, que c’est une musique issue des esclaves noirs présents au Maroc et qui ont ainsi construit une musique entre deux traditions musicales et spirituelles : d’Afrique sub-saharienne animiste et du Maghreb musulman.

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Le même soir, c’est soirée jam-session, comme tous les samedis soirs à Jazzawiya. Même si Hicham nous confesse préférer aller à la zawiya de Raaouf à d’autres moments, plus calmes, sa femme et lui nous proposent d’aller voir comment cela se passe.

La salle est bondée et assez jeune. L’ambiance est électrique ! Ici, on joue essentiellement de la fusion, mélangeant les musiques traditionnelles avec d’autres, populaires aussi et venues d’ailleurs : le slam, le rap, le rock, la funk, le groove, le jazz etc. Ainsi, les guitares électriques et la batterie côtoient les karkabats, les guembris, les djembés  etc… L’accueil y est hyper chaleureux et nous rencontrons plein de monde. C’est l’occasion pour moi de souffler un peu dans mon « biniou » et pour Gitanjali et moi de mitrailler à tout va avec notre appareil photo.

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Les musiciens arrivent, repartent, les instruments changent de mains facilement. Hicham est connu comme le loup blanc, ici. D’ailleurs, son guembri lui a été offert par le maitre des lieux, qui est « comme un père pour lui ». Dans la soirée nous rejoint un artiste gnaoui marocain qui mène une carrière internationale, Mehdi Nassouli et qui joue notamment depuis quelques années avec le français Titi Robin.

Voilà en images comment cela se passe :

La soirée se termine fort tard et nous somme bien vannés, mais aussi affamés et nous partons avec Hassan, un des musiciens de ce soir, en quête de nourriture. Nous nous arrêtons dans un lieu qui nous semble, à Gitanjali et moi, assez improbable ou un bonhomme, tout fin et à l’allure pas possible, nous concocte des sandwichs de brochettes de cœur et de foie, très relevées. L’instant est un peu magique !

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Le lendemain, nous remettons cela en petit comité : Hicham a réservé une place sur le planning des répétitions de Jazzawiya pour un bœuf en petite formation. Malgré une bonne fatigue, nous passons un très bon moment et la spontanéité de cette musique improvisée crée de belles idées musicales.

Notre carte sature et il nous manque un bout du morceau… Voilà tout de même la fin :

Au bout d’une heure, d’autres musiciens arrivent et nous devons laisser la place. Il est grand temps d’aller prendre un peu de repos !

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Le lendemain, nous décidons d’aller passer Noël chez Jamal, l’ami d’un ami de Gugu (vous savez, celui qui fait des petits dessins, de temps en temps) qui nous a proposé d’aller le passer chez lui, dans les environ de Tiznit (plus au sud encore), avec sa compagne française qui est là pour quelques temps. Jamal est d’ailleurs un joueur de guembri !

Mais ceci est une autre histoire et nous vous la raconterons très prochainement !

A bientôt !

3 Responses

  1. efattier

    Merci beaucoup pour ce beau reportage sur la musique à Agadir ! Cela donne envie…

  2. sara el issaoui

    Je tiens à vivement vous remercier pour le travail que vous avez accompli . Votre aide a beaucoup contribué au bon succès de l’opération. Vos qualités et votre sens du professionnalisme nous ont permis d’accomplir les différentes tâches dans les meilleures conditions. Durant les courts moments où vous avez travaillé avec nous, vous avez été bien au delà des objectifs attendus.
    Si dans le futur, n’hésitez pas à me solliciter, je ferai tout mon possible pour vous aider.

    • assomarenostrum

      Merci surtout à toi, Hicham, Younes, Hassan et puis tous les autres marocains (je ne vais pas faire la liste exhaustive, elle serait trop longue) qui nous ont accueillis à bras ouverts, comme des amis, pour partager tout à fond ! Ce mois marocain a été extraordinaire ! Et puis dans tous les cas, on reste en contact et on se revoit dans quelques temps ! A bientôt les Issaoui !

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