« Agadir, rien à dire » !

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« Agadir, rien à dire »

… Ce qui n’est pas vrai en ce qui nous concerne !

Nous avons quitté Marrakech et la famille de Badr le 15 décembre pour rallier Agadir, où nous sommes restés une semaine. Semaine qui a été bien intense !

Car nous ne nous rendions pas à Agadir pour rien. C’est en effet dans cette ville côtière assez touristique que se situe notre école partenaire au Maroc. Son nom : l’Institut Polygone.

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Mais avant d’y parvenir, nous parcourons la très sympathique route (une nationale, car c’est plus joli et l’autoroute est chère pour nous, notre voiture étant incluse dans les véhicules de « catégorie 2 », comme les camions) entre Marrakech et Agadir, qui nous donne à voir de beaux paysages de montagnes et nous fait passer par des petites villes et villages. Les panoramas sont assez fantastiques : des montagnes pelées dont la couleur de la terre va du beige le plus discret au bordeaux le plus profond et où paissent paisiblement des troupeaux de chèvres ou de moutons. Dans les montagnes, la vie est plus rude, plus simple et plus pauvre, d’après ce que nous pouvons simplement voir en passant. Nous traversons la petite ville d’Imintanoute, où cela doit être jour de souk. Il y règne une sacré effervescence et nous nous frayons tant bien que mal un chemin dans une foule bien compacte !

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Sur la route apparaissent les premiers arganiers. Cette espèce d’arbre est endémique du Maroc, ce qui signifie qu’elle ne pousse que dans ce pays. L’arbre produit un fruit duquel on extrait une huile très prisée, tant pour la consommation qu’en cosmétique. Cette huile coûte très cher ! Nous avons entendu dire que les chèvres montaient aux arganiers pour y attraper de quoi se nourrir et l’on voit souvent ces images d’arbres chargés de chèvres sur des cartes postales ou dans les guides touristiques. En fin de compte, nous ne verrons qu’une ou deux fois ce genre de spectacle, à raison de une ou deux chèvres dans l’arbre.

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En arrivant à Agadir, nous nous rendons directement à l’institut Polygone pour y rencontrer sa directrice, Yamna El Aimani, et quelques enseignants. Contrairement à ce que nous aurions souhaité, nous ne serons pas reçu chez des enseignants ou des familles d’élèves, mais l’établissement nous offre de nous loger à l’hôtel. Moins facile pour faire des rencontres, mais bon, un peu de stabilité nous changera d’un mois de vadrouille espagnole. Durant cette semaine à Agadir, nous prendrons très rapidement nos marques et nos habitudes dans Dakhla, le quartier de notre hôtel.

Agadir
Agadir

Notre programme est chargé : nous rencontrons les quatre classes partenaires, qui seront jumelées avec des classes du collège Barjavel de Nyons et de l’école de St Sériès et mettons avec elles en route les correspondances ; nous rencontrons deux autres classes suite à la demande d’un professeur de français, Mohammed Serraji ; nous rencontrons les classes de l’atelier musique et les enregistrons ;  je passe dans chaque classe de maternelle jouer un peu de saxophone…

Ce qui ne nous laissera absolument pas de temps pour visiter la ville. De toute manière, la ville n’offre que peu de lieux patrimoniaux à visiter, car cette dernière a été entièrement détruite par un tremblement de terre en 1960, puis reconstruite. C’est une ville moderne et affairée.

Notre cantine d'en face de l'école
Notre cantine d’en face de l’école

Un mot sur l’Institut Polygone. Cet établissement est un établissement scolaire privé, comme il y en a beaucoup au Maroc. Nous entendrons dire que le système éducatif du Maroc est classé comme étant le pire du monde. Je ne sais pas si c’est vrai, mais on nous dit aussi que l’enseignement, public comme privé, peut être de qualité très inégale. Il y a aussi et encore au Maroc un taux d’analphabétisme très élevé, surtout dans les milieux ruraux et chez les personnes de sexe féminin. Cependant, les écoles privées (qui sont en fait des entreprises financières) ont un certain coût et ce ne sont pas toutes les familles qui peuvent placer leurs enfants dans une de ces institutions. L’institut Polygone est tout récent (deux ans) et compte dispenser des cours du préscolaire (la maternelle), jusqu’à la fin du lycée, même si pour l’instant, certaines classes ne sont pas encore ouvertes. Sa directrice est une femme de volonté qui a le beau et ambitieux projet de faire de l’institut un établissement d’excellence, où l’éducation culturelle joue un rôle important.

Mohammed Serraji, qui se présente à nous comme professeur de français et artiste peintre, nous propose une visite chez lui, pour nous montrer son œuvre, invitation que nous acceptons sans nous faire prier. Mohammed explore dans ses peintures la question de l’identité marocaine, entre identité arabe et berbère et ce au travers de la calligraphie et des différents alphabets.

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Il nous ramène à une question que nous avions seulement évoquée dans notre article sur Marrakech, lorsque que nous avions appris l’obligation toute nouvelle de l’apprentissage du tamazigh (les « gh » se prononcent « r ») dans l’enseignement public. Le tamazigh, est la langue parlée par les Amazighs (« les hommes libres »), plus couramment appelés Berbères. Ce terme, Berbère, n’est guère apprécié des principaux intéressés, car le mot viendrait de « barbare », dénomination utilisée pour désigner ce peuple durant de nombreuses périodes de l’histoire.

Les Amazighs sont un peuple dont la présence au Maghreb prend sa source à la préhistoire. De tous temps, les Amazighs ont subi des invasions et leurs cultures ont évolué au fil de ses dernières. Ils ont par exemple connu les invasions des Phéniciens, des Romains, des Vandales, des Byzantins et finalement des Arabes, qui islamiseront ces tribus. A partir de ce temps les deux peuples vont cohabiter et se mélanger au Maroc, mais les relations qu’ils vont entretenir ne seront pas toujours paisibles. Aujourd’hui, beaucoup de marocains portent les deux identités, mais il persiste dans la société certaines cassures entre Arabes et Amazighs. La langue Tamazigh n’a été reconnue par l’Etat comme étant l’une des langues officielles il y a quatre ans seulement. Nous avons entendu dire que de nombreuses injustices touchaient les Amazighs à cause de cela. Un exemple : certains Berbères, notamment dans les endroits les plus reculés, ne parlent encore que des dialectes berbères. Sous le règne de Hassan II, père du roi actuel et qui était peu bienveillant envers les Amazighs, les tribunaux se bornaient à n’utiliser que l’arabe, même si l’accusé ne le parlait et ne le comprenait pas et se voyait ainsi incapable de se défendre. A l’inverse, une de nos connaissances d’Agadir s’est vu retiré son poste tout nouvellement acquis quand son patron a découvert qu’il n’était pas amazigh. Bien que les deux cultures se soient beaucoup métissées et possèdent de nombreux points communs, la culture berbère reste une culture forte et indépendante à bien des égards. Les jeunes générations nous poussent à croire que ces différences tendent à disparaître, lorsque beaucoup d’entre eux nous disent qu’ils sont « les mêmes avec une langue différente ».

Dans le prochain article, nous vous parlerons de nos découvertes musicales dans cette ville !

Le bel instrument de Hamid, l'oud.
Le bel instrument de Hamid, l’oud.

Mais afin de vous mettre en appétit, nous glissons une magnifique chanson égyptienne, superbement interprétée par Hamid Lamsouki, professeur de musique à l’Institut Polygone et musicien oudiste. Nous l’avons rencontré en privé durant une petite heure à l’Institut, où nous avons discuté de la musique qu’il interprète (qu’il appelle musique arabo-orientale), des différentes gammes qui la composent et d’autres choses. Je lui ai aussi joué un peu de saxophone, instrument qu’il n’avait jamais vu et entendu en direct.

A très vite !

5 Responses

  1. Myriam

    La musique est magnifique et elle nous transporte vers les paysages photographiés. Merci pour ce beau partage.

  2. Marie ROGEZ

    régalez vous dans ce beau pays du Maroc ! j’aime tout particulièrement le sud marocain et ses paysages splendides
    régalez vous aussi de tagines et de thé à la menthe !!
    bon voyage !

    • assomarenostrum

      Comme nous avons beaucoup de choses à traiter, beaucoup d’autres à gérer par ailleurs, nous prenons toujours un peu plus de retard dans nos publications… Donc nous ne sommes plus au Maroc depuis un petit moment mais maintenant… en Croatie ! Merci pour le commentaire, nous nous sommes régalés jusqu’au bout des tajines et du thé, que nous avons emmené dans nos valises. Malheureusement, il n’est pas aussi bon que là bas. Il faut dire que nous n’avons surement pas assez de pratique pour le faire aussi bien…

  3. zahra abdelmalek

    Rien à dire en effet… Juste merci pour ce partage !

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