Marrakech

Classé dans : Carnet de Voyage | 4

Bonjour à toutes et à tous !

Préparez vous, car voici un peu de lecture !

Après quelques jours passés dans notre joli camping de Moulay Bousselham, voyant que nous ne parviendrions pas au bout de notre tâche (nous tombons sur le gros problème du chargement des vidéos, alors que la connexion internet est relativement mauvaise au Maroc !), nous reprenons la route en direction de Marrakech, où nous sommes attendus par Badr.

Pour la petite histoire, Badr est une personne avec qui Gitanjali était en contact par email car elle avait trouvé sa clef USB sur un ordinateur de la faculté de Vannes. Au final, Badr et Gitanjali ne s’étaient jamais rencontrés. Quand nous avons créé le projet, Gitanjali a envoyé des mails à tous ses contacts pour le présenter et c’est ainsi que Badr en a pris connaissance. Il a tout de suite répondu à Gitanjali en nous invitant à venir chez lui, à Marrakech, au Maroc, quand nous y passerions.

Nous nous y rendons donc, et sommes accueillis par Badr et sa famille. Nous pénétrons alors pour la première fois dans l’intimité de la culture marocaine et cette immersion est complète et délicieuse. Plus encore, elle va se poursuivre tout au long de notre séjour car les marocains ont un sens immense de l’hospitalité, de l’ouverture vers l’étranger, avec un enthousiasme non feint et qui ne va jamais cesser de nous émouvoir.

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Un tajine… décoratif, un cadeau du père de Badr

Car après presque un mois de voyage au Maroc, le constat que nous pouvons faire de cette aventure est qu’elle est une formidable aventure humaine, avant toute autre chose. Pour fermer la parenthèse et revenir à nos découvertes, j’ajouterai que cette expérience et toute différente de celle espagnole. Elle en est presque l’antithèse. Nous avons peu visité de lieux, de monuments, avons peu roulé, au final, mais avons rencontré une foule de personnes, parfois sur la durée, parfois de manière très courte. Ces rencontres ont toujours été très intenses.

Allez, retour sur Marrakech !

Nous avons donc été accueillis par Badr Bliel, qui vit avec sa famille dans un petit appartement dans un quartier de la ville de Marrakech. Nos hôtes nous ont reçu comme des rois (tout nous était donné, presque dû et cela a parfois été un peu gênant pour les deux petits français que nous sommes), mais aussi comme des amis ou plus encore, comme des membres de la famille.

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On mange tous ensemble autour du même plat, en piochant directement avec les mains et du pain. On partage aussi le même verre pour l’eau. Au menu de ce soir : le couscous français de Gitanjali (blanquette de veau !)

Badr vit donc dans cet appartement (qui comprend deux salons, une chambre, une petite cuisine, une petite salle de bain et une entrée) avec son père, sa mère, ses deux sœurs et son neveu.

Pendant notre séjour chez eux (du vendredi 12/12 au soir, au lundi matin suivant), nous les bombardons de questions diverses et variées sur la vie au Maroc et notre appareil photo est quasiment continuellement braqué sur un des membres de la famille.

Badr a une autre sœur encore, qui vit en France et qui est mariée à un breton pur beurre. Cela a permis à Badr de venir faire une année d’études en France, à Vannes, alors qu’il est très compliqué pour un Marocain d’obtenir ne serait-ce qu’un visa touristique pour l’Europe. Badr souhaiterai y retourner pour travailler quelques années en France avant de revenir travailler au Maroc (dans l’informatique), ce qui lui permettrait de commencer une carrière avec un meilleur salaire. Nous apprenons à cette occasion que le salaire minimum au Maroc est de 2300 dirhams (soit un peu moins de 230€).

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Histoire de vous faire baver un peu d’envie !

Ce séjour dans la famille Bliel est également l’occasion de découvrir, grâce aux mains de cordon bleu d’Amina (la maman), la richesse de la cuisine marocaine (mmmmh, un délice !) : les tagines (qui est en fait tout met préparé dans le plat du même nom), les couscous du vendredi, les msemen (crêpes marocaines), la harira (soupe que l’on sert traditionnellement pendant le ramadan chaque soir, pour couper le jeûne) etc.

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Nous commençons également à prendre ici l’habitude de consommer le « whisky marocain » : le thé vert ! Thé que l’on ne prépare pas qu’avec de la menthe (et même : pas souvent en hiver), mais avec une multitude d’herbes aromatiques : sauge, thym, verveine et absinthe par exemple. L’absinthe est surement la plante la plus utilisée en hiver, puisqu’on dit qu’elle réchauffe. On considère aussi que la menthe possède un moins bon goût en hiver. Préparer le thé est un rituel complexe à nos yeux : on doit rincer le thé à l’eau chaude plusieurs fois (3x), on remet la première eau de rinçage dans la théière, on complète avec de l’eau chaude, on ajoute des herbes et du sucre, puis on remet la théière sur le feu en faisant porter le breuvage à ébullition, on laisse reposer, puis on « aère le thé » en le servant dans des verres puis en le remettant dans la théière (3x). Et puis ensuite, on déguste.

La cuisine est préparée par Amina, qui est la maitresse de maison. La société marocaine (c’est une généralité, bien sur et qui n’est donc pas vrai pour tout le monde), est très proche de ses traditions et la place des individus dans une famille est assez définie. Le père est le chef de famille, c’est lui qui travaille. Sa femme tient le ménage. La famille tient une place importante dans la vie marocaine et souvent, les membres d’une même famille vivent sous le même toit, comme c’est le cas dans la famille de Badr.

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La préparation compliquée des crêpes marocaines, les msemen

Chez Badr, nous mangeons quatre bons repas conséquents par jour. Le petit déjeuner, le déjeuner, le goûter et le diner. Nous remarquerons souvent par la suite que les marocains respectent cette habitude alimentaire : le goûter notamment, a plus d’importance que chez nous en France. Mais également, tous les marocains n’ont pas la possibilité de prendre ces quatre repas, car une bonne partie de la population vie pauvrement.

Gitanjali essaiera à plusieurs reprises de pénétrer le domaine privilégié de Mina, la cuisine, pour attraper quelques recettes. Mais l’opération est rendue difficile par le problème de la langue : Mina ne parle pas le français et Gitanjali ne parle pas arabe…

La question de la langue est complexe au Maroc. La plupart des gens parlent l’arabe dialectal, qui ne s’écrit normalement pas (même si maintenant, on l’écrit avec l’alphabet latin et quelques chiffres pour remplacer des lettres qui n’existent pas dans cet alphabet). On écrit en arabe classique, qui est aussi la langue administrative et celle parlée par exemple à la télévision. Un peuple très ancien, les Berbères, vit au Maroc depuis l’antiquité et a conservé une culture et une langue autonome. En fait, il existe plusieurs dialectes berbères au Maroc. Nous reviendrons plus longuement sur le sujet Berbère dans le prochain article. Enfin, la langue française a une importance particulière aujourd’hui encore au Maroc. Le français est une langue très utilisée dans l’administration et les médias. Elle est apprise à l’école dès le primaire et les études universitaires se font principalement en français. Rappelons que la France a colonisé le Maroc et en a fait un « protectorat » entre 1912 et 1956.

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Durant notre court séjour à Marrakech, nous ne visitons pas la ville et ses nombreux monuments historiques, à l’exception d’une matinée où Badr nous emmène dans la médina (la vieille ville). Marrakech est une ville très touristique et où les touristes marocains sont autant sinon plus nombreux que ceux étrangers. Le fait que Marrakech soit une ville touristique fait que l’on est facilement sollicités dans la ville pour prendre une calèche, prendre un guide (parfois un faux guide, illégal), toucher un singe, poser en compagnie d’un homme en costume traditionnel, acheter de l’artisanat et autre. Les marocains n’échappent d’ailleurs pas beaucoup plus que les étrangers à ces sollicitations.
Nous arrivons tout d’abord sur l’immense place Jemaa-el-Fna, remplie de musiciens (dont certains avec leurs serpents « dressés »), de montreurs de singes, de marchands divers et variés. Puis, notre guide nous emmène dans une promenade à toute vitesse dans les souks (les marchés) de la médina. C’est un véritable tourbillon de couleurs, d’images et d’odeurs, une véritable symphonie enivrante pour les sens. Sens qui sont sollicités de la manière la plus agréable à la plus dure ! Ainsi les bonnes odeurs d’épices, de cuir, de bois travaillé, de tajines cuisant sur les braseros ; les belles couleurs de ces montagnes de fruits et légumes, de plantes aromatiques, d’épices, de gâteaux, les vêtements aux couleurs chatoyantes, les tapis, les musiques. Et les monticules de cadavres de sardines, les poumons de moutons pendus aux crochets des devantures des bouchers, la foule compacte, les cris, l’odeur des déchets que nous piétinons… Ce marché, couvert par endroits et à ciel ouvert à d’autres, est un véritable labyrinthe, très hétérogène. On passe facilement d’une allée remplie de magasins d’artisanat principalement destinés aux touristes à une petite cour qui abrite un marché de fruits et légumes où ne s’aventure que la population locale. C’est un lieu dans lequel on a facilement envie de se perdre, déambuler doucement et s’imprégner de toutes ces sensations variées !

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Aller, pour finir, un dernier mot sur :

La toilette raffinée du Hammam

Les hammams, qui sont des bains chauds publics, sont une institution assez importante dans la vie des marocains. La grande majorité des marocains s’y rendent en moyenne une fois par semaine, pour une grande toilette de plusieurs heures et pendant laquelle on observe tout un rituel pour se laver. Concrètement : le hammam est une succession de pièces chauffées au moyen d’un grand four à bois (les hammams sont en partie responsables du grand problème de la déforestation au Maroc), situé sous le sol. Plus les pièces sont éloignées de l’entrée et plus elles sont chaudes. Et plus la pièce est chaude, plus il y a de vapeur dans l’air !

Les hammams ne sont pas mixtes, dans cette société où il existe une grande séparation des sexes. Certains hammams ont une partie hommes et une partie femmes, d’autres séparent leurs horaires d’ouvertures pour accueillir les individus des deux sexes.

Si c’est un endroit essentiel pour l’hygiène hebdomadaire des marocains, c’est aussi pour les femmes un lieu social, où l’on rencontre d’autres femmes, discute et quitte pour un moment le foyer. Parfois, les femmes restent des heures et des heures au hammam !

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Gitanjali en djellaba, parée pour le hammam !

Le hammam dans la pratique (enfin, celle que j’ai pratiquée personnellement) : on pénètre le hammam muni au minimum de deux seaux, de savon noir, de savon « normal » ou d’un gel-douche, shampoing et d’un gant de crin (ou son équivalent synthétique). On remplit les deux seaux d’eau bien chaude, on se mouille, puis on s’enduit le corps de savon noir. On se repose un bon moment, pour laisser le savon noir agir. Puis on prend le gant de crin et on se frotte vigoureusement tout le corps (à s’en faire mal !), pour bien enlever la crasse et les peaux mortes. Certains prennent le temps de répéter l’opération plusieurs fois. Puis on se rince, se lave au savon « normal », on se re-rince et on peut, si l’on veut, s’arrêter là.

Certains se font masser par des masseurs du hammam, certains clients se massent entre eux. Petit choc culturel : la pudeur est toute différente ici, au sein du hammam. La proximité, les rapports tactiles sont beaucoup plus admis que dans notre société française (au moins dans ce cadre-ci). Les femmes, d’après ce que m’a rapporté Gitanjali, sont par exemple toutes torse-nu ou complètement nues. Les hommes sont en maillot de bain mais nous nous lavons mutuellement le dos.

Badr et moi y sommes restés une heure et lorsque nous rentrons chez lui, tous les membres du foyer rigolent de ma rapidité au hammam ! Mince, je suis passé à côté de quelque chose… Enfin, ça restera une blague récurrente jusqu’à notre départ…

Nous partons donc ensuite vers Agadir, où nous attendent les élèves de l’institut Polygone. Le départ est très émouvant et nous partons le cœur serré. Gitanjali verse même quelques larmes…

4 Responses

  1. H. Alex

    *faute de frappe, je recommence…
    Tu m’as donné l’eau à la bouche !
    Très émouvant que ce chapitre. J’ai voyagé avec vous à travers ton récit. Une très belle culture pour un beau voyage. Merci à la famille de Badr…

  2. abdelmalek

    Très émouvant… Bravo sincèrement vous avez su retransmettre la chaleur du pays et j’en ai les larmes aux yeux…
    Je suis fière de voir que ce pays, mon pays, a su vous accueillir avec autant d’amour.

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